Ondes électromagnétiques et désordres

Ondes électromagnétiques et désordres en élevage

Découvrez notre dernière publication sur les ondes électromagnétiques et les désordres causés en élevage.

L’effet délétère des champs électromagnétiques et des courants électriques parasites de faible intensité sur les êtres vivants suscite des débats depuis de nombreuses années. En élevage, si cela peut concerner les lignes très haute tension et basse tension, les transformateurs, les installations photovoltaïques et plus récemment les éoliennes…, dans la plupart des cas, c’est d’abord le fait de défauts d’installations d’élevage. Pour les bovins, les désordres électriques, quelle qu’en soit l’origine, provoquent des troubles du comportement, des pertes de production, voire de la mortalité dans les cas les plus sévères.

En cas de suspicion, un audit comprenant trois volets zootechniques, sanitaire et électrique doit être réalisé. Lorsque des tensions anormales sont identifiées, la mise en équipotentialité des installations, en particulier des zones sensibles : abreuvoirs, mangeoires, cornadis, voire le ferraillage de la dalle de la stabulation ou la mise en place d’une boucle de fond de fouille permettent de corriger les troubles, validant de ce fait l’étiologie électrique. Dans certains cas, ils restent inexpliqués, laissant suspecter une origine tellurique, pouvant impliquer des failles ou des rivières souterraines, souvent mises en avant par des géobiologues, sans qu’aucune validation scientifique n’ait pu être réalisée à ce jour.

L’élevage, un lieu amplificateur des courants parasites

Si les études disponibles n’ont pas mis en évidence d’effets directs des lignes haute tension, il en va autrement des effets indirects que peuvent provoquer les tensions et courants parasites générés par effet d’induction. Les courants parasites sont des courants non souhaités et non maîtrisés. Ils circulent donc en dehors des circuits électriques. Ils provoquent des tensions de pas ou de contact, sources de stress et d’inconfort pour les animaux.

Les courants parasites provoquent des tensions de pas ou de contact, sources de stress et d’inconfort pour les animaux.
Les courants parasites provoquent des tensions de pas ou de contact, sources de stress et d’inconfort pour les animaux.

Les origines des ondes éléctromagnétiques

Les origines sont multiples :

  • utilisation de la terre comme conducteur de retour pour certains réseaux (ex SNCF),
  • installations électriques mal isolées ou défectueuses produisant des courants de fuite,
  • proximité des lignes électriques haute et très haute tension.

Les phénomènes électriques

Il existe deux types de phénomènes électriques :

  1. Le couplage capacitif (électrique) lié au champ électrique; donc à la tension d’une ligne aérienne. Par exemple un abreuvoir isolé du sol sous une ligne à haute tension
  2. Le couplage inductif (magnétique) lié au champ magnétique donc au courant d’une ligne aérienne ou souterraine. Par exemple une clôture métallique, isolée du sol, parallèle à une ligne à haute tension sur plusieurs centaines de mètres et raccordée à la terre en un seul point donné

L’élevage est un lieu amplificateur de ces phénomènes. Les bâtiments et équipement sont sensibles aux phénomènes d’induction de par les structures métalliques de grande dimension en contact avec les animaux. Toutefois, les mises en terre des abreuvoirs sont parfois imparfaites. Enfin, on observe un effet de pile par la mise en contact entre différents métaux et des milieux acides

Les troubles liés à ces courants très variés

Les troubles constatés sont très variés. Mais pour suspecter une cause électrique, il faut que les animaux présentent à la fois des troubles du comportement et des manifestations cliniques plus ou moins graves.

Les désordes liés aux ondes électromagnétiques chez le bovin

La plupart des dossiers étudiés concernent les bovins, en particulier les vaches laitières. Les troubles du comportement se traduisent par de la nervosité, en particulier en salle de traite. Elle provoque le décrochement des manchons trayeurs, défécation en cours de traite, coups de pied ou encore pour les robots, une moindre fréquentation. Dans certains cas, la surface de la stabulation n’est pas correctement utilisée, certaines zones pouvant être délaissées. On peut observer des vaches restant anormalement en station debout ou avec des tremblements et le poil hérissé. Lorsque les courants affectent les abreuvoirs ou les cornadis, la consommation d’eau et d’aliments est moindre. Il en résulte alors une perte de production de lait, une augmentation de l’incidence des mammites subcliniques, des retards de croissance chez les jeunes et des diarhées néonatales.

Les désordes liés aux ondes électromagnétiques dans d’autres élevages

Pour les poules pondeuses, on observe une chute de ponte. Et chez le porc, du cannibalisme, de la mortinatalité ou encore des écrasements par les truies. Dans les cas les plus graves et quelle que soit l’espèce, cela peut également aboutir à la mort.

Un audit complet zootechnique, sanitaire et électrique à réaliser

Les troubles liés aux courants parasites traduisent une situation de stress pouvant être due à de nombreuses autres causes. Il est donc impératif d’étudier la situation de l’élevage à trois niveaux :

  1. zootechnique,
  2. sanitaire,
  3. électrique.

Pour les deux premiers, il est indispensable de disposer d’indicateurs de production fiables et suivis de façon indépendante.

L’audit zootechnique

Pour l’audit zootechnique, quatre champs sont alors évalués :

  1. Traite
  2. Alimentation : équilibre de la ration, quantités distribuées, profils métaboliques, accès à l’auge (nombre de places au cornadis)
  3. Méthode de détection des chaleurs et pratique des inséminations
  4. Accessibilité à l’eau : nombre d’abreuvoirs, localisation, débit, qualité de l’eau

Il est parfois nécessaire de valider et d’objectiver les troubles du comportement en mettant en place des caméras. En cas de sous-consommation d’eau, des compteurs doivent être installés sur tous les abreuvoirs.

Un bilan sanitaire analytique complet doit être réalisé (paratuberculose, fièvre Q, chlamydiose, maladie des muqueuses, pathologie du pied, erlichiose) ainsi qu’une analyse de la microbiologie du lait. Dans les cas graves, il est nécessaire de faire une autopsie d’un animal caractéristique.

Les investigations électriques

Les investigations électriques sont, quant à elles, conséquentes et délicates à mener. L’audit électrique nécessite une recherche minutieuse des tensions de pas et de contact sur le sol, les abreuvoirs et les cornadis. Cette recherche peut être ponctuelle mais il est parfois nécessaire de mettre en place des enregistreurs.

L’audit électrique nécessite une recherche minutieuse des tensions de pas et de contact sur le sol, les abreuvoirs et les cornadis.
L’audit électrique nécessite une recherche minutieuse des tensions de pas et de contact sur le sol, les abreuvoirs et les cornadis.

Il est communément admis que le seuil de perception des courants par les animaux est de 500 mVolts en courant alternatif de 50 Hertz, fourni par les opérateurs électriques. Des courants continus sont parfois mesurés, avec des tensions souvent élevées supérieures à 2 ou 3 Volts, mais les animaux n’y semblent pas très sensibles.

Certains points sont également à renseigner :

  • Toutes les modifications relatives à la conduite de l’élevage et à la structure des bâtiments (les difficultés apparaissent souvent après une extension)
  • Dimensions des bâtiments
  • Dates de construction et/ou modifications
  • Présence de ferraillage dans les sols (plans bâtiment)
  • Alimentation électrique de l’exploitation (transformateur HT/BT privé, branchement sur réseau Basse Tension ERDF, groupe électrogène…)
  • Rapports de vérification initiale ou périodique des installations électriques (APAVE, SOCOTEC …) et autres documents électriques (plans, schémas…)

Les mesures correctives à appliquer

Les types de mesures correctives :

Une fois la cause électrique identifiée, les mesures correctives sont de quatre ordres :

  1. Mise en équipotentialité des abreuvoirs, mangeoires, cornadis : toutes les structures métalliques doivent être reliés à la terre.
    • La qualitié de la prise de terre est évaluée par sa résistance exprimée en Ohm (Ω).
    • En élevage, on préconise une valeur inférieure ou égale à 18 Ohms, afin d’assurer un confort optimal des animaux. On recherchera une valeur inférieure à 10 Ohms pour des ateliers comportant des équipements avec variateurs de fréquence (robot de traite, certains racleurs, …).
  2. Boucle de fond de fouille (obligatoire depuis 2002) suivant la norme NF-C 15 100.
    • Elle peut être constituée par un conducteur en cuivre nu d’au moins 25 mm² de section, en bon contact avec le sol.
    • La réalisation d’une boucle à fond de fouille pendant la construction des bâtiments est la meilleure solution pour obtenir une bonne prise de terre.
    • Pour les bâtiments d’élevage existants, la solution la plus répandue est la mise à la terre par « un piquet de terre ». Pour que cette terre soit de qualité, le piquet (généralement en acier galvanisé) doit être planté au minimum à deux mètres de profondeur.
    • Il faut installer plusieurs piquets pour réduire la résistance globale de la prise de terre. Ces piquets de deux mètres minimum doivent être espacés d’au moins une longueur de piquet (2m). Mais de préférence du double (4m). De plus, ils sont reliés entre eux soit par un conducteur isolé d’au moins 16mm² soit par un conducteur en cuivre (ou en aluminium) d’au moins 25 mm².
  3. Ferraillage de la dalle de la stabulation
  4. Mesures particulières comme l’installation de tapis de caoutchouc isolant
Ferraillage de la dalle de la stabulation
Ferraillage de la dalle de la stabulation

Les mesures correctrices sont très efficaces lorsque la cause est bien identifiée

Les mesures correctrices sont très efficaces lorsque la cause est bien identifiée. Par contre, les difficultés peuvent être insurmontables lorsque leur cause reste inexpliquée. Ce sont des cas pour lesquels il n’y a aucun problème électrique identifié. L’installation est alors conforme et aucune tension parasite n’est mesurée, laissant suspecter une origine tellurique, pouvant impliquer des failles ou des rivières souterraines, souvent mises en avant par des géobiologues.

Source pour notre document sur les ondes électromagnétiques et désordres :

CNIEL, 2019. Comment éviter les courants électriques parasites en élevage laitier ? Brochure

Ondes électromagnétiques et désordres en élevage – Séance Académie d’Agriculture du 1er juin 2022

Retrouvez toutes nos publications sur comment assurer le bien être des animaux en élevage sur notre site internet.

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