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Diviser par trois l’usage des herbicides

Temps de lecture : 3 minutes

Diviser par trois l’usage des herbicides sans risque agronomique ? Des chercheurs prouvent que c’est possible !

Des chercheurs prouvent qu’il est possible de diviser par trois l’usage d’herbicides sans risque agronomique. Découvrez les résultats de ces recherches dans cette publication.

Dans l’optique de réduction de l’usage des produits phytosanitaires, la gestion des adventices est souvent problématique. La première difficulté vient du fait que les moyens alternatifs, bien que nombreux, ont souvent une efficacité individuelle faible par rapport aux herbicides chimiques. De plus, il faut trouver la bonne combinaison de techniques. A cela se rajoute également la notion de persistance des semences adventices dans le sol. Ainsi, une petite baisse du niveau de maîtrise une année donnée peut, certes, être sans conséquence pour la culture en place mais générer une augmentation du stock semencier. Cette augmentation de stock pourra à terme entraîner des problèmes de maîtrise. Ceci explique grandement la réticence des agriculteurs à faire évoluer leurs pratiques de désherbage.

L’UMR Agroécologie et la station expérimentale d’Epoisses n’ont pas attendu le plan Ecophyto pour travailler sur la mise au point de systèmes moins dépendants en herbicides. Depuis 2000, ces chercheurs ont mis en place une expérimentation sur cette thématique. Les résultats au bout de dix ans démontrent qu’il est possible de diviser par trois l’usage des herbicides sans perdre la maîtrise des infestations. Découvrez les explications.

Le travail des chercheurs de l’INRA Dijon Epoisses

Présentation du contexte des recherches

Il y a plus de dix ans, les chercheurs de l’INRA Dijon Epoisses ont été précurseurs à deux niveaux :

  1. en mettant en place un essai systèmes dont le principe est de tester non plus des techniques isolées (approche analytique) mais une combinaison de techniques cohérentes entre elles (approche système)
  2. en se focalisant sur la réduction de l’usage des herbicides, anticipant ainsi la demande sociétale de réduction des phytos traduite par le plan Ecophyto.

Et à l’heure où les agriculteurs sont confrontés à la nécessité de réduire les phytos sur leur exploitation, ces résultats sont les bienvenus ! Surtout qu’ils démontrent que cela est possible et sans de risque de perte de maîtrise de l’enherbement, principale crainte des agriculteurs.

Présentation des résultats

Grâce à un travail titanesque (une personne à temps plein pendant 6 mois) d’évaluation du stock semencier à chaque campagne, l’essai démontre que le stock est plus faible qu’à son démarrage en 2000. De plus, en surface, aucune explosion démographique des infestations n’est observée. Et pour le vulpin, adventice posant de plus en plus de problèmes dans les systèmes céréaliers, la protection intégrée semble une arme fatale.

Bien sûr, tout n’est pas aussi simple, la nature a horreur du vide et les chercheurs constatent la sélection d’espèces plus adaptées à ce nouveau mode de gestion du désherbage (gaillet, chardon…) ce qui nécessite de faire évoluer la combinaison des leviers choisis.

Autre réticence vis-à-vis de la protection intégrée : le temps de travail. Les passages répétés d’outils de travail du sol superficiel laissent à penser que le temps de travail explose avec la PI. S’il est vrai que le temps consacré au travail du sol superficiel augmente, finalement il est compensé par les gains de temps sur le labour et les traitements phytosanitaires. De plus, on observe une meilleure répartition sur l’année grâce notamment à la diversification des cultures. Seul bémol pour certains secteurs, le levier date de semis des céréales retardée qui certes est très efficace pour limiter le développement des adventices mais qui pose problème en terme de faisabilité et d’impact sur le rendement. Il serait peut être intéressant de tester si, en retirant ce levier, on arrive aux même résultats techniques.

La rentabilité économique

Enfin, reste la question de la rentabilité économique. Un blé en PI, malgré une baisse de rendement conséquente, garde une rentabilité économique similaire grâce à la réduction
des charges (tout du moins dans des contextes de prix « classiques » mais il faut le reconnaître probablement pas dans le contexte de prix élevé que nous connaissons en ce
moment). Pour autant, à l’échelle de la rotation, force est de constater une perte de rentabilité économique et c’est en partie dû à l’introduction de cultures de diversification
moins rentables qu’un blé, colza ou orge d’hiver. Mais finalement, cette moindre rentabilité s’explique avant tout par un manque d’investissement dans la recherche variétale et dans
l’optimisation des itinéraires techniques de ces cultures limitant le progrès génétique ! Il faudrait également inclure de façon plus systématique dans les schémas de sélection des cultures principales la double recherche de productivité et de tolérance aux bioagresseurs, adventices comprises.

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