Perspectives de développement du soja

Perspectives de développement du soja dans le bassin du Grand Ouest

L’ARAD2 vous présente dans cette publication quelles sont les perspectives de développement du soja dans le bassin du Grand-Ouest de la France.

Le Nord-Ouest de la France est marqué par une forte proportion d’exploitations agricoles possédant au moins un atelier d’élevage. Le modèle Prospective Aliment, développé par le Céréopa, permet d’estimer les besoins pour les régions Normandie, Pays de la Loire et Centre-Val de Loire avec au moins 120 000 tonnes de tourteaux de soja non OGM soit environ 160 000 t de graines. Aujourd’hui, le soja utilisé dans les élevages provient principalement de l’export ou du Sud-Ouest de la France pour le soja français. La demande est donc très élevée dans ces régions. De plus, produire du soja local pourrait permettre d’augmenter l’autonomie protéique dans les élevages.

Néanmoins, aujourd’hui le Nord-Ouest de la France reste un bassin où les surfaces de soja peinent à se développer. Pour appuyer ce développement, dans le cadre du projet Cap Protéines piloté par Terres Inovia, un observatoire de parcelles a été mis en place et des scénarios technico-économiques d’insertion du soja dans les assolements ont été étudiés. Les
données obtenues montrent qu’au niveau de rendement atteint en 2021, l’insertion de soja dans les assolements n’est aujourd’hui pas rentable économiquement, malgré les
autres atouts sociaux et environnementaux
. Il faudrait alors :

  • soit fortement gagner en rendement (35 q/ha versus 22 q/ha obtenu),
  • soit que le prix payé aux producteurs passe de 650 €/t à plus de 950 €/t.

Quatre facteurs techniques limitants pour le rendement du soja

Localisation des différents observatoires soja

En 2021, un réseau de 62 parcelles de soja a été mis en place sur le Grand Ouest avec un suivi à trois moments :

  1. phase d’implantation,
  2. floraison,
  3. fin de cycle.

En Normandie, les parcelles choisies étaient sur des terres limoneuses ou limono-argileuses bien adaptées à la culture. Quant aux Pays de la Loire, à peine 20 % ont été implantées sur des sols profonds. Le choix des parcelles n’est donc pas toujours le plus propice à exprimer le potentiel (sol à faible réserve utile et cailloux).

Localisation des différents observatoires soja sur la zone Centre-Ouest en 2021
Localisation des différents observatoires soja sur la zone Centre-Ouest en 2021

Densité de semis et taux de levée en fonction du type de semoir

Le début de campagne 2021 a été marqué par des conditions fraîches et humides qui ont compliqué les implantations. Les pertes à la levée ont été en moyenne de 24 %. Deux types de semoirs ont été utilisés mais aucune différence significative n’a été relevée. En Normandie, 100 % des parcelles ont été implantées avec des variétés 000. Les deux variétés que l’on retrouve le plus dans cette région sont ES COMANDOR et OBELIX. En Pays de la Loire, 84 % des variétés étaient des variétés 000 avec une dominante des variétés SIRELIA et AURELINA. Les 16 % des variétés restantes étaient alors des variétés 00.

Densité de semis et taux de levée en fonction du type de semoir sur chaque observatoire en 2021
Densité de semis et taux de levée en fonction du type de semoir sur chaque observatoire en 2021

Les facteurs techniques limitants

Les principales attaques de ravageurs ont eu lieu en début de cycle avec principalement des dégâts d’oiseaux et de mouches de semis. Des dégâts de lièvre ont été fréquemment relevés mais sans conséquence sur le rendement final.

L’ensemble des parcelles n’ayant jamais reçu de soja, l’inoculation a donc été obligatoire pour que la symbiose entre la plante et la bactérie s’effectue. Environ 45 % des parcelles ont toutefois eu une nodulation faible avec moins de 10 nodosités/plante voire aucune nodosité (objectif visé plus de 20 nodosités par plante). Plusieurs raisons peuvent alors expliquer cela :

  • une mauvaise inoculation,
  • un reliquat azoté trop élevé en début de cycle,
  • une humidité du sol trop importante en début de cycle,
  • des températures trop basses à l’implantation.

L’enherbement a été également difficile à maîtriser. En effet, seulement environ 50 % des parcelles sont jugées propres à moyennement propres en fin de cycle. Les principales adventices relevées ont été :

  • le chénopode blanc,
  • la renouée liseron,
  • la renouée persicaire,
  • le chardon,
  • le séneçon,
  • la morelle.

Après un retour de conditions plus chaudes sur la fin du mois de mai et début juin, les pluies ont ensuite été conséquentes de la mi-juin à la mi-août. Le début de floraison a donc été marqué par l’absence de stress hydrique et des sojas avec des biomasses luxuriantes. En revanche, à partir de la mi-août et jusqu’à la fin du cycle, les conditions ont été beaucoup plus sèches, pénalisant potentiellement :

  • le remplissage des gousses,
  • la taille des graines,
  • le taux de protéines.

Rendements obtenus

Les rendements obtenus sont alors mitigés. Les rendements au niveau national sont en moyenne de 29 q/ha. Toutefois, sur l’observatoire, les rendements sont plutôt de 22,4 q/ha.

Rendement aux normes sur chaque observatoire (58 parcelles récoltées)
Rendement aux normes sur chaque observatoire (58 parcelles récoltées)
Rendement moyen de chaque observatoire en fonction de la conduite en sec ou en irriguée
Rendement moyen de chaque observatoire en fonction de la conduite en sec ou en irriguée

L’irrigation a alors permis des gains de rendement dans certaines situations. Notamment en Sarthe, où les deux parcelles irriguées ont reçu quatre tours d’eau de 25 mm.

Le taux moyen de protéines est de 42 % ce qui est plutôt bon. Mais les PMG sont très faibles. L’absence de pluie a eu un effet négatif sur le remplissage des grains dans les situations à faible réserve utile et sans irrigation.

Les facteurs limitants identifiés en 2021 confirment ceux identifiés les années précédentes :

  • Choix de parcelle et type de sol favorable à la mise en place du potentiel
  • Peuplement de levée trop faible
  • Gestion de l’enherbement difficile
  • Stress hydrique en fin de cycle

Ces références seront alors complétées par les résultats de 35 parcelles suivies en 2022.

Des prix de vente encore trop faibles pour le développement de la culture de soja (scénarios Pays de Loire)

Une étude technicoéconomique de l’insertion du soja en agriculture conventionnelle dans les assolements des Pays de la Loire a alors été réalisée en valorisant les données de rendement de Sarthe entre 2018 et 2021.

Quatre fermes types ont été modélisées :

  • Une exploitation polyculture élevage de bovins (102 ha sans prairies pâturées ni irrigation),
  • Deux exploitations polyculture élevage de monogastriques (148 ha, une sans irrigation et une avec irrigation partielle),
  • Une exploitation en grande cultures à typologie vendéenne (148 ha avec irrigation partielle).

Ferme polyculture élevage bovins lait avec 102 hectares en rotation

Deux scénarios ont été étudiés :

  • Introduction de 8 hectares de soja dans la rotation maïs ensilage/blé entraîne alors une perte de marge brute de 63 €/ha à l’échelle de l’exploitation ;
  • Introduction de 10 ha de soja dans la rotation maïs ensilage/blé/trois ans de prairies temporaires entraîne alors une perte de marge brute de 13 €/ha à l’échelle de l’exploitation.

Si les indicateurs économiques sont dégradés, ce n’est pas le cas pour les indicateurs sociaux, environnementaux et d’énergie. En effet, le soja est une culture peu consommatrice d’intrants. L’introduction de soja permet donc de réduire jusqu’à 10 % la quantité d’azote total à l’hectare. Il permet également de diminuer les émissions de GES jusqu’à 8 %.

Indicateurs économiques, sociaux et environnementaux à l'échelle de l'exploitation sur la ferme tpe polyculture élevage bovins laitiers
Indicateurs économiques, sociaux et environnementaux à l’échelle de l’exploitation sur la ferme tpe polyculture élevage bovins laitiers – source Systerre

Ferme polyculture élevage de monogastriques

Les résultats obtenus sur les fermes avec monogastriques, que ce soit en irrigué ou non, sont similaires avec une dégradation des résultats économiques et une amélioration des autres indicateurs. Malgré un gain de de rendement, l’irrigation n’a pas permis de réduire l’impact sur la marge brute à l’échelle de de l’exploitation.

L’analyse technico-économique

L’analyse technico-économique montre qu’avec le niveau de rendement moyen observé sur les observatoires et un prix payé de 650 t/€. Le soja n’est donc aujourd’hui pas compétitif d’un point de vue économique avec les autres cultures principales des régions étudiées (céréales, colza, maïs). C’était déjà la cas dans l’analyse initiale réalisée en contexte de prix de vente des cultures et de charges d’intrants plus faibles, même si la diminution des marges brutes étaient moins importantes.

Les simulations réalisées dans le contexte actuel 2022 montrent que les principales cultures du Grand Ouest obtiennent des marges brutes moyennes comprises en 1 500 et 2 400 €/ha. Pour obtenir une marge brute en soja à 1 500 €/ha avec un prix à 650 €/t, il faudrait atteindre un rendement moyen d’au moins 30 q/ha (cf matrice prix/rendement). Par ailleurs, si l’on conserve un rendement moyen de 20 q/ha, il faudrait alors un prix payé aux agriculteurs de 950 €/t pour obtenir une marge brute de l’ordre de 1 500 €/ha.

Matrice prix et rendement - marge brute du soja en conduite pluviale selon le rendement et le prix de vente (charges opérationnelles fixes) en €/ha
Matrice prix et rendement – marge brute du soja en conduite pluviale selon le rendement et le prix de vente (charges opérationnelles fixes) en €/ha

Cette analyse explique an partie pourquoi la culture a du mal à se développer dans les régions du Centre Ouest de la France. Le prix payé au producteur est le premier frein au développement. En effet, il est trop faible pour assurer des marges brutes suffisamment compétitives vis-à-vis des autres cultures du territoire. Bien que le soja présente des atouts non négligeables (réduction des intrants…), ils ne permettent pas de compenser les différences de marges brutes.

Sources pour la rédaction des perspectives de développement du soja :

CHARRON M., 2022. Etat des lieux et perspectives de développement du soja dans le bassin du Grand-Ouest de la France. Projet Cap Protéines

Retrouvez également sur notre site internet les résultats des essais de culture de soja dans l’Orne.

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