Systèmes de polyculture élevage

Quel niveau de couplage et de performances économiques sur notre territoire Normandie Mayenne Sarthe ?

Actuellement, les statistiques agricoles, tout comme les Cerfrance, définissent les systèmes de polyculture élevage sur la base d’une approche structurelle de la complémentarité des ateliers cultures/élevage. Mais elle ne prennent pas en compte les interactions réellement fonctionnelles entre les deux types d’ateliers pourtant à la base des bénéfices attendus de ces systèmes. Au sein du projet Casdar RED-SPYCE, l’INRAe et IDELE se sont intéressés à l’intensité de couplage cultures-élevage. L’objectif est de donner une définition fonctionnelle de la polyculture élevage. Ils ont notamment mis au point un outil appelé NICC’EL. Ce dernier permet, par l’utilisation d’un nombre réduit d’indicateurs, d’évaluer le niveau de couplage cultures-élevage des exploitations.

Ainsi, sur notre territoire, l’analyse des données Cerfrance avec cet outil a mis en évidence que plus de 60 % des systèmes de polyculture élevage ont un couplage faible. De plus, seulement 2 % ont maximisé les interactions entre élevage et cultures. L’analyse des performances confirme que les systèmes à fort couplage sont moins consommateurs d’intrants externes. Mais cela ne se traduit pas forcément en meilleures performances économiques. Pour donner suite à ces travaux, il s’agira d’identifier le point d’équilibre entre haut niveau de couplage et bonnes performances économiques.

Définition d’une exploitation de polyculture élevage

Le Ministère de l’Agriculture donne comme définition d’une exploitation de polyculture élevage (PCE) un « modèle qui associe sur l’exploitation, plusieurs cultures et un ou plusieurs élevages ». Afin de mieux caractériser ces systèmes, l’INRAe et l’Idele ont développé un outil appelé NICC’EL. Son objectif est de mesurer le niveau de couplage fonctionnel entre les ateliers culture et élevage. C’est-à-dire; qu’il détermine leurs interactions techniques, principalement en terme d’alimentation et de fertilisation.

L’objectif de cette étude était d’appliquer l’outil NICC’EL à la base de données Cerfrance Normandie Maine en vue de répondre à deux questions :

  • Les exploitations PCE de notre territoire présentent-elles un niveau de couplage cultures/élevage élevé ? Ou au contraire se caractérisent-elles par une juxtaposition des ateliers sans réelle interaction ?
  • Quel est le lien entre niveau de couplage et performances économiques ? Un haut niveau de couplage rime-t-il avec une meilleure performance ?

6 661 exploitations ont ainsi été analysées. La typologie des exploitation est :

  • présence d’un atelier bovin,
  • exclusion système 100 % herbager,
  • présence des marges dans la base de données.

Les différents critères de l’outil NICC’EL

L’outil NICC’EL repose sur le calcul d’un score basé sur dix critères. Il permet alors de classer selon trois niveaux de couplage : faible, moyen et fort.


gaecfermedelacour@bbox.fr
Les différents critères de l’outil NICC’EL

Pour chaque groupe, des indicateurs ont donc ensuite été étudiés :

  • des indicateurs structurels : SAU, UTH, chargement par hectare de surface fourragère, assolement moyen, potentiel agronomique ainsi que la part des exploitations en AB.
  • des indicateurs de performances : autonomie économique (Marge Brute /Produit Brut), efficacité économique (EBE/Produit), durabilité sans aide (Valeur Ajoutée/Produit), sensibilité aux aides (Aides/EBE), viabilité économique (Revenu disponible/UTAF), consommation de carburant, de produits phytosanitaires et d’engrais, achat des aliments concentrés et part des intrants rapporté au chiffre d’affaire.

Une forte prédominance des exploitations PCE à faible couplage

Répartition des systèmes polycuture élevage par département et niveau de couplage

Quelque soit le département, le pourcentage de couplage fort est entre 1 et 2%. En Mayenne, on observe une proportion un peu plus élevée de couplage faible (75 %) alors que pour l’Eure et la Seine Maritime, c’est le contraire avec respectivement 57 et 59 %.

Répartition des exploitations par niveau de couplage et par département
Répartition des exploitations par niveau de couplage et par département

Répartition des systèmes polycuture élevage par niveau de couplage

64 % de l’échantillon est en couplage faible. 34 % en moyen et seulement 2 % en fort. Cela signifie que les exploitations de notre territoire se caractérisent majoritairement par une juxtaposition des ateliers cultures/élevage. Il n’y a donc pas de réelle interaction fonctionnelle entre les ateliers.

Répartition des exploitations par niveau de couplage
Répartition des exploitations par niveau de couplage

Plus le niveau de couplage est élevé, plus les exploitations ont une SAU et un chargement par hectare de surface fourragère principale faible.

Niveau de couplageSAUUTHUGB/SFP
Faible1232,21,60
Moyen1161,851,35
Fort1091,91,25
Niveau de couplage selon la SAU, le nombre d’UTH ou le ration UGB/SFP

Structure de l’assolement couplage faible

Les exploitations à faible couplage se caractérisent par une forte proportion de céréales, d’oléagineux et la présence de cultures industrielles (4 %). Il y a tout de même une proportion d’herbe et de cultures fourragères importantes.

Réparition des exploitation à faible niveau de couplage
Réparition des exploitation à faible niveau de couplage

Structure de l’assolement couplage fourt

Plus de la moitié des exploitations se trouvent dans des potentiels agronomiques élevés. Leurs rendements moyens de blé sur 4 ans est > 85 q/ha. Toutefois, seulement 8 % ont un potentiel agronomique bas (rdt < 70 q/ha).

Pour les exploitations à haut niveau de couplage, la proportion d’herbe augmente fortement. Elle se fait principalement au détriment des cultures fourragères comme le maïs, des cultures industrielles. toutefois elle est dans une moindre mesure des céréales et oléagineux. Concernant le potentiel agronomique, on observe une proportion équilibrée entre bas (31 %), moyen (34 %) et haut (35 %).

Réparition des exploitation à haut niveau de couplage
Réparition des exploitation à haut niveau de couplage

Structure de l’assolement couplage moyen

L’assolement des exploitations en couplage moyen est un intermédiaire entre ceux des deux autres groupes. La structure avec une proportion légèrement plus faible en céréales dû à la présence de cultures industrielles.

Réparition des exploitation à niveau de couplage moyen
Réparition des exploitation à niveau de couplage moyen

Près de 50 % des exploitations en couplage fort sont en agriculture biologique. Ce résultat n’est pas surprenant car les systèmes PCE en AB privilégient les interactions entre ateliers pour gérer la fertilisation de leurs cultures et l’alimentation de leurs animaux. A l’inverse, seul 1 % des exploitations en faible couplage sont en AB et 10 % en couplage moyen.

Fort couplage ne rime pas forcément avec bonnes performances économiques

Les performances économiques ont été analysées sur quatre années (2015 à 2018). Ce sont les médianes qui sont présentées. Car il existe une forte disparité dans chaque groupe. A noter que pour l’analyse des performances économiques, les exploitations en AB ont été exclues de l’échantillon et que la taille de l’échantillon est très différente d’un niveau de couplage à l’autre. Les résultats présentés sont donc des tendances.

Une consommation d’intrants par hectare plus faible pour les exploitations fortement couplées

Consommation d'intrants en fonction du niveau de couplage
Consommation d’intrants en fonction du niveau de couplage

Les interactions fonctionnelles plus fortes des exploitations à fort couplage se traduisent bien par une baisse de la consommation à l’hectare d’engrais azotés minéraux, de produits phytosanitaires (moins de cultures consommatrices) et de carburant. C’est également le cas pour les achats d’aliments concentrés.

Le profil des exploitations à couplage moyen est assez proche de celui des couplages forts. Excepté pour les achats d’aliements concentrés, qui eux restent du même niveau que les exploitations en couplage faible.

Pour autant, la part des intrants en pourcentage du chiffre d’affaire est la même pour les trois niveaux de couplage. Cela signifie que les exploitations à fort couplage qui ont une consommation d’intrants plus faible ont un chiffre d’affaire moins élevé que les deux autres niveaux.

Mais une moindre efficacité économique

Performances économiques par niveau de couplage
Performances économiques par niveau de couplage

Concernant les performances, l’autonomie économique reste proche avec une légère tendance à une augmentation avec le niveau de couplage. Cela est cohérent avec les résultats précédents.

En terme d’efficacité économique, on note un léger décrochage entre le couplage faible et les deux autres niveaux de couplage. Le ratio Valeur Ajoutée sur Produit Brut est le même pour les trois niveaux mais les systèmes à fort couplage ont, en absolu, une valeur ajoutée plus faible que les autres niveaux.

Enfin, plus le niveau de couplage est élevé, plus le système est sensible aux aides.

Des revenus par UTAF globalement inférieurs pour le groupe couplage fort

Viabilité economique des exploitation par année et par niveau de couplage
Viabilité economique des exploitation par année et par niveau de couplage

Sur les quatre années étudiées, plus le niveau de couplage augmente, plus le revenu par UTAF baisse, excepté pour l’année 2016. Il semble que le niveau de couplage fort amortisse un peu plus les mauvaises années que le couplage faible mais cela nécessiterait une analyse sur une plus longue période pour confirmer cette observation.

Cette étude a montré que sur notre territoire, la majorité des systèmes de polyculture élevage se caractérise d’un point de vue fonctionnel davantage comme une juxtaposition des deux ateliers au sein des exploitations que comme une synergie.

Les systèmes à fort couplage sont des systèmes avec une proportion d’herbe plus forte, des consommations d’intrants plus faibles mais une efficacité économique moindre. Toutefois, il existe une forte hétérogénéité au sein des groupes et certains systèmes PCE sont à la fois performants dans leurs interactions et économiquement. La suite de ce travail prospectif sera d’aller analyser ces systèmes pour comprendre les facteurs clés de réussite et d’identifier le « point d’équilibre » entre niveau de couplage élevé et performances économiques.

Source pour la réalisation de l’étude sur les systèmes en polyculture élevage

Etude interne réalisée en 2020-2021 avec l’appui de Pierre Mischler, Idele et Gilles Martel, Inrae

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