Céréales et oléagineux | mars 2023

Céréales et oléagineux, bilan de la campagne à mi-parcours, veille économique de mars 2023

Découvrez notre dernière veille économique du mois de mars 2023 sur le marché des grandes cultures : céréales et oléagineux.

La détente actuelle sur les marchés des céréales et oléagineux ne doit pas masquer les facteurs d’incertitude importants. Ces derniers pourraient inverser brutalement la tendance sur la campagne en cours. Entre conflit ukrainien, situation climatique et évolution de la situation économique mondiale, tous les ingrédients sont donc présents pour souffler le chaud et le froid sur les marchés mondiaux dans les prochaines semaines.

Blé : la Russie en position de force

Une baisse de la production ukrainienne largement compensée par la récolte russe

À première vue, il n’y a pas d’évolution majeure sur la campagne en cours en ce qui concerne la production mondiale de blé. En effet, les volumes attendus sont en très légère hausse. Ils permettent tout de même d’établir un nouveau record : 784 Mt, soit + 0,6 % par rapport à la campagne précédente.

Marché mondial du blé
Marché mondial du blé
(Source : USDA au 08.02.2023)

Mais le fait majeur de cette campagne est l’affirmation du leadership de la Russie sur les marchés mondiaux. En effet, elle a une récolte exceptionnelle estimée à 92 Mt soit une hausse de plus de 22 %. Un atout majeur et une arme géopolitique que n’hésite pas à utiliser ce pays, affaibli sur la scène internationale depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine.

Après une récolte 2021 catastrophique, la production canadienne revient à des niveaux similaires aux années passées. Elle a une hausse de 51 %, à 34 Mt.

Dans l’Union Européenne (UE), la production recule de près de 3 % à 135 Mt

La production française baisserait même de 5 % à moins de 34 Mt, d’après FranceAgriMer. Malgré une légère hausse des rendements. La contraction des surfaces de blé de 6 % en est la cause.

L’Ukraine est fortement pénalisée par le conflit avec la Russie et a une production historiquement basse à 21 Mt. Il y a un recul probable de plus de 36 % en un an. De son côté, l’Argentine devrait voir sa production reculer de près de 44 %, en raison de la sécheresse.

Pour la troisième année consécutive, la consommation mondiale de blé devrait dépasser le volume produit. Ainsi, les stocks mondiaux vont se contracter de près de 3 %, à 269 Mt. Le ratio « stocks / consommation » s’élèverait à 34 %, soit un recul de 6 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années.

Des échanges mondiaux très (voire trop) dépendants de la Russie

Grande gagnante de cette campagne, la Russie se trouve assise sur un tas de blé qui devrait lui permettre d’exporter près de 44 Mt.

C’est un niveau record qui représente 21 % des volumes échangés sur la campagne. De plus, à la fin de cette campagne, la Russie détiendra plus de 30 % des stocks des quatre principaux pays exportateurs de blé. C’est un facteur d’inquiétude dans le contexte géopolitique actuel. Si un accident climatique majeur venait toucher les quatre autres principaux exportateurs de blé dans les prochains mois (UE, Australie, Canada et États-Unis), la Russie pourrait accroître sa position dominante sur ce marché. Dans un contexte où la sécurité alimentaire devient un enjeu stratégique pour de nombreux États, et où la Russie est en difficulté sur le plan diplomatique, c’est un facteur d’inquiétude majeur…

Prix du blé : la prime de risque de la guerre en Ukraine effacée (pour le moment…)

La fébrilité dont se sont emparés les marchés depuis le déclenchement du conflit en Ukraine est retombée.

Ainsi, la cotation rendu Rouen était de 266 €/t début mars, soit une baisse de 15 % par rapport à fin 2022 et de 23 % sur un an. La mise en place du corridor en mer Noire, suite à l’accord signé en juillet 2022 et renouvelé depuis entre l’ONU, l’Ukraine, la Russie et la Turquie, a permis de limiter les tensions sur le marché des céréales.

Prix du blé : la prime de risque de la guerre en Ukraine est effacée (pour le moment…)
Prix du blé : la prime de risque de la guerre en Ukraine est effacée (pour le moment…)

À cela s’ajoute la très bonne récolte russe qui a compensé la baisse de la production ukrainienne. Mais la situation est bien fragile, et le renouvellement de l’accord sur le corridor maritime, qui arrive à son terme le 18 mars 2023, n’est pas encore acquis. De même, l’évolution du conflit pourrait rapidement remettre de la pression sur les marchés…

Maïs : recul de la production mondiale, sans remise en cause des équilibres

Après la récolte record de 2021 (1 216 Mt selon l’USDA), la production mondiale de maïs devrait marquer le pas sur la campagne 2022/2023 avec un recul de plus de 5 % à 1 151 Mt. Cette baisse était attendue, mais au fil des mois, les prévisions ont accentué cette tendance à la baisse. Cependant, cela reste la meilleure récolte après celle de 2021. Le net recul de la production aux États-Unis (– 9 %), dans l’UE (- 24 %) et en Ukraine (- 36 %) ne sera que partiellement compensé par la récolte record attendue au Brésil (+ 8 % à 125 Mt). La France a réalisé une récolte historiquement basse, avec 9,8 Mt, soit une baisse de près de 32 %, suite à des conditions climatiques très défavorables.

Evolution de la production mondiale de maïs
Evolution de la production mondiale de maïs
(Source : USDA au 08.02.2023)

La consommation mondiale devrait baisser de plus de 3 % mais sera supérieure à la production. Il en résulte une contraction des stocks de fin de campagne attendue de 11 Mt, soit – 4 %. Notons que le niveau des stocks des principaux pays exportateurs serait en recul de 18 % par rapport aux cinq dernières années. Sur la campagne en cours, le Brésil vient remettre en cause le leadership des États-Unis sur le marché export, avec un volume exporté record estimé à 51 Mt. Le ratio « stocks / consommation » resterait quasi stable à 25 %.

Orge : la contraction des stocks se poursuit

Sur la campagne en cours, les prévisions de hausse de la production mondiale se confirment. Elle serait de 150 Mt selon l’USDA, en progression de plus de 3 % par rapport à la campagne précédente. C’est une récolte quasi stable par rapport aux cinq années précédentes.

Marché mondial de l'orge
Marché mondial de l’orge
(Source : USDA au 08.02.2023)

Les pays de l’UE représentent à eux seuls 51 Mt, soit un tiers de la production mondiale. La Russie confirme sa position d’outsider avec un niveau record de 21,5 Mt, suivie de l’Australie, dont la production connait sa quatrième campagne consécutive sans accident climatique majeur.

La Chine reste de loin le premier importateur d’orge pour la troisième campagne consécutive, avec 9 Mt, suivie de l’Arabie Saoudite, acteur historique des échanges mondiaux d’orge, bien que moins présente sur ce marché depuis le pic de 2019/2020 (4,7 Mt contre 7,3 Mt). En France, la hausse des rendements de plus de 7 % a été effacée par la chute des rendements d’autant. Il en résulte une production de 11,4 Mt.

Soja : nouveau record de production

La tendance haussière de la production mondiale de soja ne faiblit pas sur le long terme. Pour la campagne 2022/2023, celle-ci devrait en effet progresser de 7 % pour atteindre 383 Mt. Sur les dix dernières années, la hausse de la production est en moyenne de 4,5 % par an.

Sur les quatre dernières campagnes, le Brésil domine ce marché avec une production qui représente 38 % de la production mondiale. C’est la récolte exceptionnelle de ce pays qui explique ce niveau record de production : avec 153 Mt, la hausse est de 18 % par rapport à 2021.

Marché mondial du soja
Marché mondial du soja
(Source : USDA au 08.02.2023)

La consommation suit la hausse de la production avec un record de 376 Mt, en hausse de 4 %. L’appétit de la Chine ne faiblit pas. En effet, près de 60 % des échanges mondiaux ont pour destination le pays du soleil levant (96 Mt).

Les stocks de fin de campagne devraient progresser de 3 %, pour atteindre 102 Mt. Ils sont concentrés à hauteur de 80 % dans trois pays :

  • Chine,
  • Brésil,
  • Argentine.

Colza : une récolte 2022 exceptionnelle

La campagne 2022/2023 est marquée par un bond de la récolte de colza, qui progresse de 15 % à 85 Mt. Un record absolu après des années de production qui tournaient autour de 70 à 75 Mt. Le Canada retrouve un niveau de production satisfaisant à 19 Mt après la récolte catastrophique de 2021, tandis que la production de l’UE augmente de 16 % à 19,5 Mt.

Marché mondial du colza
Marché mondial du colza
(Source : USDA au 08.02.2023)

La consommation mondiale devrait représenter 82 Mt, permettant de remonter les stocks à 6,2 Mt, en hausse de 30 %. Une situation qui explique la détente sur les prix du colza, qui ont reculé de près de 30 % sur un an., et reviennent à des niveaux non atteints depuis août 2021.

2023 une année de forte incertitude pour les céréales et les oléagineux

Quel expert se hasarderait à prévoir comment les marchés des matières premières vont se comporter en 2023. Tant les facteurs d’incertitudes sont nombreux et potentiellement très impactants…

Incertitude géopolitique

Le conflit en Ukraine semble être parti pour durer et nul ne sait comment il pourrait se terminer. Dans ce contexte, et alors qu’il implique directement deux acteurs majeurs des marchés des matières premières agricoles, c’est un des premiers facteurs d’incertitude. En revanche, une chose est certaine : l’Ukraine, premier exportateur de tournesol, quatrième pour le maïs et cinquième pour le blé. L’Ukraine va donc être lourdement affecté dans sa production et dans sa capacité d’exportation tant que le conflit dure…

De son côté, on l’a vu, la Russie peut exploiter sa position de premier exportateur mondial de blé comme arme diplomatique en soufflant le chaud et le froid sur le marché des céréales.

La poursuite de l’accord sur le corridor de la mer Noire paraît également essentiel afin de ne pas fermer le robinet des exportations ukrainiennes de blé et de maïs.

Incertitude économique

Le contexte d’inflation actuel, en partie lié au conflit en Ukraine et à ses conséquences sur les marchés de l’énergie, pourrait mettre à mal l’économie mondiale, voire amener à la récession dans certaines zones du monde. Cela pourrait alors fragiliser encore davantage les pays très dépendants de leurs approvisionnements, si ce phénomène dure et s’accroît. La situation de la Chine est également à surveiller. En particulier avec la sortie de la politique zéro covid, dont les effets semblent positifs pour le moment sur le redémarrage de l’activité du pays. L’évolution du contexte sanitaire dans ce pays et au niveau mondial est à surveiller.

Incertitude climatique

Les effets du changement climatique semblent s’accentuer dans certaines parties du monde. Il faudra notamment surveiller la sécheresse qui touche l’Argentine, une partie du Brésil, ainsi que les zones productrices de blé aux États-Unis. De plus, la sécheresse hivernale qui touche certains pays d’Europe dont la France, et qui fait suite à une année 2022 déjà très sèche, commence à inquiéter pour la suite de la campagne…

Incertitude sur les intrants et l’effet ciseau

Si le risque de pénurie d’engrais semble s’éloigner, en raison de la détente sur le prix du gaz, qui a permis le redémarrage de certaines unités de production en Europe, la situation reste fragile. Sur la campagne en cours, le surenchérissement du prix des engrais a incité les agriculteurs à limiter leurs achats et donc leurs apports sur les cultures. Cela pourrait avoir un impact sur les rendements de la prochaine récolte.

À suivre…

  • Évolution du conflit ukrainien
  • Issue des négociations sur le corridor ukrainien (échéance du 18 mars 2023 et suivantes)
  • Situation climatique en Argentine et au sud du Brésil (sécheresse en cours)
  • Évolution de la situation économique mondiale (Chine notamment), inflation
  • Disponibilités et prix des engrais

Sources pour la veille économique céréales et oléagineux de mars 2023

  • Rapport USDA du 08/02/2023
  • Notes de conjoncture mensuelles et binas de campagne de FranceAgriMer
  • Analyses des marchés d’Agritel et de Tallage

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42 % des producteurs bio adhérents Cerfrance* ont un troupeau laitier (périmètre des Cerfrance de Normandie Maine et Alliance Nord Seine)

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