Fourche à la fourchette | Octobre 2022

Fourche à la fourchette d’octobre 2022 : filière française de volaille de chair, salariés et externalisation, 4ème révolution agricole et les achats alimentaires

Dans notre dernière publication « de la fourche à la fourchette » du mois d’octobre 2022, découvrez au sommaire :

  • La filière française de la volaille de chair face aux enjeux sanitaires et inflationnistes
  • Plus de salariés et d’externalisation du travail en exploitation agricole
  • La 4ème révolution agricole au service de la résilience de l’agriculture
  • Les achats alimentaires : comportement des consommateurs dans le contexte inflationniste

La filière française de la volaille de chair face aux enjeux sanitaires et inflationnistes

Le 7 septembre dernier, les représentants de l’ANVOL (Association Nationale interprofessionnelle de la VOLaille de chair) ont donné une conférence de presse sur l’actualité de la filière.

La France est devenu le 1er pays consommateur de volailles de l’Union Européenne (UE) à 27

La France est devenu le 1er pays consommateur de volailles de l’Union Européenne (UE) à 27. En 2021, la consommation à domicile et en Restauration Hors Domicile (RHD) a augmenté de 2,1 %. Les Français consomment en moyenne 28,5 kg de viande de volailles, essentiellement du poulet (76 %). Cependant, cette dynamique a été freinée par l’épizootie d’influenza aviaire. Cette dernière a réduit l’offre, entre abattages et vides sanitaires, de près de 10 %. La France, 2nd pays producteur de l’UE en 2021 avec ses 34 000 élevages, devrait passer au 4e rang en 2022.

La part du poulet importé dans la consommation
Source : ITAVI d’après SSP, douanes

L’interprofession s’organise pour limiter le risque systémique

Malgré une reprise des cas en élevage, en basse-cour ou dans la faune sauvage ces derniers jours, l’interprofession s’organise pour limiter le risque systémique. Ce dernier a ébranlé l’ensemble de la filière fin 2021 dans le Sud-Ouest et ce printemps dans les Pays de la Loire. Au-delà des dispositifs d’indemnisation de l’Etat, la prévention (plan de surveillance et de détection), la formation à la biosécurité, la réduction de la densité des élevages dans certaines zones, les mesures particulières pour les élevages de plein air et le soutien à l’expérimentation vaccinale constituent le panel des mesures visant à sécuriser la production.

Dans ce contexte de redémarrage progressif de la production, la filière doit faire face à la flambée des coûts de production :

  • aliment,
  • poussins,
  • énergie,
  • emballages
  • et main d’œuvre.

Au total, l’ANVOL estime que le coût de production d’un poulet vivant a augmenté de 45 à 50 % sur le 2nd trimestre 2022 en deux ans, hausse qui fragilise le modèle contractuel qui organise la filière.

Par ailleurs, la filière subit la compétitivité prix des importations en provenance des Pays Tiers (Brésil, Ukraine), qui vient s’ajouter à celle existant au sein de l’Union. Sur les 5 premiers mois de l’année 2022, 49 % des poulets consommés en France ont été importés, contre 45 % en 2021.

L’ANVOL en appelle donc au soutien des consommateurs pour privilégier l’origine France dans leurs achats en magasins, mais aussi en RHD.

Plus de salariés et d’externalisation du travail en exploitation agricole

Le recensement agricole 2020 commence à livrer ses résultats. L’un d’eux concerne le travail, sa quantification, la nature des travailleurs sur une exploitation et son évolution en lien avec les prestataires de travaux agricoles.

En 2020, en France, 758 000 actifs permanents travaillent sur 390 000 exploitations agricoles. Le nombre d’actifs est en baisse de près de 22 % pour une réduction de 20 % du nombre d’exploitations en 10 ans. Toutefois, le volume de travail global ne baisse que de 11 % sur la même période.

Ceci illustre à la fois la diminution du nombre d’exploitations individuelles, et celle du nombre de travailleurs familiaux (conjoints, aides familiaux). En parallèle se sont développés les exploitations sociétaires et l’emploi de salariés permanents. Ainsi, le volume de travail effectué par la main d’œuvre familiale recule de 17 % en 10 ans. Mais celui réalisé par les salariés permanents progresse de 8 %.

Sans surprise, ce sont les exploitations de maraichage ou d’horticulture qui emploient le plus de main d’œuvre (4,3 ETP en moyenne). Et à l’inverse, les exploitations en grandes cultures sont les moins intensives en main d’œuvre (1,1 ETP).

ETP par exploitation

En 2020, 56 % des exploitations ont eu recours à des prestations de travaux agricoles (ETA ou CUMA), soit une proportion identique à celle dix ans plus tôt. Cependant, le nombre d’ETP externalisés a crû de 40 % pour les ETA sur cette période. Les exploitations ayant le plus recours à des prestataires de travaux agricoles sont les exploitations laitières (85 % d’entre elles). Elles sont suivies des exploitations avec bovins mixtes (75 %). Par ailleurs, les exploitations de grande dimension ont davantage recours au travail à façon (77 % dans les grandes exploitations contre 28 % dans les micro-exploitations).

La 4e révolution agricole au service de la résilience de l’agriculture

La FAO soutient le développement de « l’agriculture intelligente face au climat » ou AIC

Depuis plusieurs années, la FAO soutient le développement de « l’agriculture intelligente face au climat » ou AIC. Cette approche vise à concilier l’augmentation durable de la productivité et des revenus agricoles, avec l’adaptation des systèmes agricoles au changement climatique et à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. L’AIC combine :

  • évolution adaptée des pratiques agricoles à un contexte local,
  • actions sur le milieu et les paysages pour préserver les services écosystémiques,
  • intégration de nouvelles technologies,
  • amélioration des politiques de développement,
  • et renforcement des options de financement.

Compte tenu de la part importante de l’agriculture dans les revenus des pays en voie de développement, et que ces derniers seront fortement impactés par le changement climatique, les expérimentations d’AIC ont majoritairement été conduites en Afrique. Par exemple, mise en place de pratiques de conservation des sols et de l’eau associées à l’agroforesterie et à l’introduction de fours de cuisson plus performants en Tanzanie.

Le développement des réseaux numériques et de « l’internet des objets »

Aux USA et en Europe, le développement des réseaux numériques et de « l’internet des objets » (IdO ou IoT en anglais) constituent les fers de lance d’une 4e révolution agricole. L’essor de la 5G et des capteurs en agriculture rendent possible l’information en temps réel tout au long de la chaine d’approvisionnement. Et, ils renforcent la traçabilité des aliments, et donc la sécurité sanitaire.

Dans les exploitations agricoles, la collecte et l’analyse des données permettront un meilleur suivi de la santé des :

  • sols,
  • végétaux,
  • animaux

Et il permet donc de libérer du temps tout en réduisant l’emploi de ressources naturelles.

Les expériences de robots et de véhicules autonomes (tracteur John Deere par exemple) voient leur précision de travail et leur temps de réaction facilités par la 5G. Face à la pénurie de main d’œuvre en agriculture et au besoin d’une sécurité sanitaire toujours plus forte, ces nouvelles technologies pourraient alors éviter aux exploitants des tâches répétitives et fiabiliser l’efficacité économique et environnementale de leur processus de production.

Les achats alimentaires : comportements des consommateurs dans le contexte inflationniste

Les médias se font l’écho de l’arbitrage des consommateurs dans leurs décisions d’achat de biens alimentaires

Le bilan publié par NielsenIQ début septembre montre que les achats en volume sur les rayons de produits alimentaires de grande consommation et de produits frais en libre-service reculent de plus de 5 % sur les huit premiers mois de l’année 2022, notamment chez les familles.

Les Français réduisent d’avantage la voilure en termes de produits frais

8 catégories de produits sur 10 sont concernées :

  • d’abord les alcools (- 11,4 %),
  • les surgelés salés (- 10,8 %),
  • les produits laitiers frais (- 7,7 %)
  • ou encore l’épicerie salée (- 5,4 %).

Pour les produits frais traditionnels, le recul est encore plus marqué :

  • – 14,5 % en boucherie,
  • – 12,4 % en poissonnerie
  • – 9 % sur les fromages.

Pour autant, si les ventes en volumes reculent par rapport à 2020 ou 2021, elles restent supérieures à celles de 2019, avant la crise sanitaire. Les reculs des volumes observés concernent pour les ¾ d’entre eux les foyers dont les revenus sont les plus faibles. Car ce sont eux qui sont touchés plus rapidement par l’inflation des prix en magasin.

Le critère « prix » est renforcé dans le contexte inflationniste

Cette réduction des achats en volume répond à l’augmentation des prix des biens de consommation. Sur un an, les prix à la consommation progresseraient de 5,6 % en septembre 2022 d’après l’INSEE, et ceux de l’alimentation de 9,9 %. Toujours d’après NielsenIQ, ce sont désormais 12 millions de Français qui se sentent plus fragilisés qu’avant en ce qui concerne leur budget alimentaire. De plus, l’inflation est devenu le premier sujet de préoccupation des Français.

Même si les marques distributeurs (MDD) sont celles dont les prix ont le plus progressé, elles attirent les faveurs des consommateurs pour leurs prix plus faibles et la fréquence de leurs promotions. À l’inverse, les produits de marque (hors multinationales) et les produits AB (agriculture biologique) sont ceux qui enregistrent le recul le plus marqué.

Facteurs déterminants les décisions liées à l’alimentation

En 2022, la croissance en valeur ne se fait plus par l’innovation. Même si les consommateurs attendent davantage de produits « responsables » : plus de vrac, moins d’emballages, moins de viande. Mais ils ne veulent pas les payer plus chers. En effet, le prix est le principal critère d’achat du consommateur européen. Il s’agit du 2nd en France, suivant de très près l’origine géographique des produits.

Les industriels et les distributeurs adaptent leurs stratégies

Cette évolution du marché alimentaire, qui s’est accélérée depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, est d’autant plus déstabilisante pour les filières qu’elle va à rebours des tendances du passé (la montée en gamme et le développement des produits AB par exemple) et qu’elle met la pression sur les marges des distributeurs et des industriels.

Pour ces derniers, plusieurs stratégies d’adaptation s’observent :

  • accompagnement de la baisse du prix par la réduction de la taille du produit,
  • diminution de la largeur de la gamme pour se concentrer sur les produits les plus rentables ou les plus simples à produire,
  • descente en gamme, etc.

Du côté des distributeurs, on assiste à des tentatives pour repousser ou limiter les hausses de prix demandées par les industriels, le développement des promotions, des opérations spéciales et la mise en avant des MDD pour fidéliser leurs clients.

Sources utilisées pour rédiger la fourche à la fourchette d’octobre 2022

La filière française de la volaille de chair face aux enjeux sanitaires et inflationnistes

https://interpro-anvol.fr/replay-decouvrez-la-conference-de-presse-du-7-septembre-2022-en-video/

Plus de salariés et d’externalisation du travail en exploitation agricole

https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/disaron/Pri2211/detail/

La 4ème révolution agricole au service de la résilience de l’agriculture

https://www.fao.org/climate-smart-agriculture/fr/

https://siecledigital.fr/2022/08/03/agritech-la-securite-des-aliments-depend-elle-dun-reseau-plus-dynamique/

Les achats alimentaires : comportement des consommateurs dans le contexte inflationniste

https://www.lineaires.com/la-distribution/consommation-les-familles-reduisent-leurs-achats-alimentaires#:~:text=Selon%20une%20%C3%A9tude%20de%20NielsenIQ,pas%20tr%C3%A8s%20favorable%20en%202022.

https://www.insee.fr/fr/statistiques/6537535#:~:text=Sur%20un%20an%2C%20selon%20l,l’%C3%A9nergie%20et%20des%20services.

https://www.reussir.fr/lesmarches/inflation-12-millions-de-foyers-se-sentent-fragilises-selon-nielsen#:~:text=%C2%AB%20Les%20Fran%C3%A7ais%20se%20sentent%20plus,l’Ania%20le%2028%20septembre.

https://www.efsa.europa.eu/sites/default/files/corporate_publications/files/eurobarometer22/country-factsheets/eb972_factsheet_fr_fr.pdf

https://www.xerfi.com/presentationetude/Inflation-pouvoir-d-achat-la-nouvelle-donne-du-marche-alimentaire_22DIS90

Réalisation du fourche à la fourchette d’octobre 2022 : Pierre CHAMBARD

Découvrez toutes nos fourches à la fourchette sur notre site internet sur le lien suivant.

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