Observatoire productions porcines 2022

Observatoire productions porcines 2022 : résultats 2021 et perspectives

Découvrez l’observatoire économique 2022 pour les productions porcines. Les résultats des exploitations porcines se dégradent en 2021, en particulier à partir du second semestre avec l’augmentation du prix de l’aliment. Sur 2022, les éleveurs devront donc affronter la hausse très nette de leur prix de revient dans un marché du porc jusqu’ici morose. Des leviers d’adaptation existent dans les élevages, notamment au niveau des performances technico-économiques.

Stabilité du prix de revient jusqu’en milieu d’année 2021 …

Pour les élevages spécialisés naisseur engraisseur, le prix de revient moyen s’établit à 1,554 € par kg de carcasse pour une date de clôture moyenne en juin 2021. C’est une hausse de près d’1 centime par rapport à 2020.

L’amélioration des performances techniques (productivité des truies et indice de consommation global) est insuffisante pour compenser la hausse du prix de l’aliment (+ 23 € par tonne). Aussi, le coût alimentaire progresse de 2 centimes du kg de carcasse.

Évolution du prix de revient moyen et comparaison avec le prix de vente (€ / kg) (Élevages spécialisés, ateliers naisseurs engraisseurs)
Évolution du prix de revient moyen et comparaison avec le prix de vente (€ / kg)
(Élevages spécialisés, ateliers naisseurs engraisseurs)

Sur la période 2020/2021, le prix de vente perçu par les éleveurs est en retrait, avec :

  • la diminution des importations chinoises,
  • la hausse des abattages en Europe,
  • la réduction de la consommation de porcs frais et de charcuterie en France.

Aussi, les éleveurs sont-ils pris dans le ciseau « baisse du prix du porc et hausse du prix de l’aliment ».

Il manquait en moyenne près de cinq centimes du kg de carcasse en milieu d’année 2021 pour que les éleveurs puissent se rémunérer à hauteur de deux SMIC par UTH.

… et progression à partir de la récolte 2021

Malgré une récolte mondiale 2021 de céréales conséquente en volume, l’emballement de la demande lié à la reprise économique, mais aussi à l’appétit de la Chine ou aux craintes des pays importateurs de céréales, conduit à une hausse significative du prix de l’aliment dès l’automne.

Envolée du prix de l’aliment face à la stagnation du prix du porc

À partir de la fin février 2022, la paralysie du commerce des grains et des intrants en provenance de la Mer Noire avec la guerre en Ukraine exacerbe un peu plus la volatilité sur le marché des céréales et des oléagineux.

Envolée du prix de l’aliment face à la stagnation du prix du porc (moyennes mobiles 12 mois du prix du porc base 56 TMP et du prix de l’aliment pour porc à l’engraissement)
Envolée du prix de l’aliment face à la stagnation du prix du porc 
(moyennes mobiles 12 mois du prix du porc base 56 TMP et du prix de l’aliment pour porc à l’engraissement)

Le prix de l’aliment pour l’engraissement de porcs bat le record des 300 € par tonne en moyenne mobile annuelle. L’ancien record atteint date du mois de juillet 2013. Aujourd’hui, le prix tend à s’approcher des 400 € par tonne en moyenne mensuelle sur la fin du printemps 2022.

Cette situation exceptionnelle par sa soudaineté et son ampleur (+ 20 % sur le prix de l’aliment entre juin 2021 et juin 2022) met à mal la trésorerie des éleveurs. Car dans le même temps, le cours du porc affiche une progression limitée. En effet, le prix au Marché du Porc Breton (M.P.B.) gagne 6,9 centimes du kg de carcasse, soit + 5 %.

Perspectives d’évolution du prix de revient moyen en comparaison avec le prix de vente attendu

Les perspectives d’évolution du prix de revient du kg de carcasse, avec l’augmentation du prix de l’aliment, impliqueraient un prix de revient à 1,75 € sur 12 mois en juin 2022, pour un prix payé de 1,58 €. Soit un différentiel qui atteint alors 17 centimes du kg. Cela correspond alors à un manque de rentabilité de 92 000 € en moyenne pour l’élevage spécialisé naisseur engraisseur ou de 370 € par truie présente.

Perspectives d’évolution du prix de revient moyen encomparaison avec le prix de vente attendu (€ / kg)(Élevages spécialisés, ateliers naisseurs engraisseurs)
Perspectives d’évolution du prix de revient moyen en comparaison avec le prix de vente attendu (€ / kg)
(Élevages spécialisés, ateliers naisseurs engraisseurs)

Il faut cependant nuancer cette situation par :

  • La part de cultures en céréales et oléagineux présentes sur l’exploitation. Celles-ci participent à l’autonomie financière de l’élevage, que cela soit par :
    • leur vente,
    • leur transformation en aliment pour les porcs.
  • L’obtention des aides du Plan de Sauvegarde de la production porcine ont pu compenser une partie du manque de rentabilité :
    • l’aide d’urgence (15 000 € par exploitation),
    • l’aide de structuration (16,80 € par porc charcutier vendu entre le 01/09/2021 et le 28/02/2022 pour un taux de spécialisation de l’exploitation supérieur à 80 %),
    • la prise en charge de cotisations sociales (jusqu’à 3 800 € par exploitant).
  • L’augmentation des autres charges :
    • prix d’achat du carburant pour les cultures,
    • prix de l’électricité pour les bâtiments d’élevage,
    • coût de l’entretien matériels et disponibilité de certaines pièces,
    • coût de la main d’œuvre salariée avec l’augmentation du SMIC, etc.

Une analyse de la capacité de résistance de chaque élevage en fonction d’hypothèses de prix du porc et de l’aliment, et un état des lieux des leviers d’accompagnement (propres à l’éleveur, bancaires ou via les fournisseurs) doivent donc être systématiquement réalisés pour adapter au plus près la gestion de la trésorerie.

Au-delà des mesures de court terme, des marges de manœuvre techniques, économiques ou organisationnelles sont donc à identifier pour conforter, ou faire évoluer la stratégie de l’éleveur.

Dispersion des résultats technico-économiques

L’analyse des marges brutes montre alors qu’il existe des écarts significatifs de performance entre les élevages.

Atelier naisseur engraisseur

En atelier naisseur engraisseur, la marge brute moyenne 2021 se situe à 1 113 € par truie, soit 2,2 fois plus que la marge brute du quart inférieur des élevages, et soit 50 % inférieure à la marge brute du quart supérieur des élevages.

Atelier naisseur engraisseur
Tri sur la marge brute par kg de carcasse
(1) Prix corrigés des variations mensuelles entre dates de clôture moyennes

Ces écarts s’expliquent par :

  • Des performances techniques différentes sur la productivité des truies et sur l’indice de consommation global. Un écart de 2,2 porcs produits par truie entre les groupes extrêmes se traduit alors par 200 kg de charcutiers vendus par truie. Soit un différentiel de marge brute qui est de 300 à 350 € par truie.
  • Une valorisation distincte du porc. Un écart de 24 cts du kg de carcasse entre groupes extrêmes pour une date de clôture identique interroge sur la capacité à produire des porcs selon la grille de rémunération et sur la valorisation commerciale des animaux (plus-value).
  • Une gestion variable des achats d’aliments peut expliquer un écart du prix de l’aliment de 27 € par tonne entre groupes extrêmes selon :
    • la nature de l’aliment adapté à la croissance des animaux,
    • la part d’aliments produits à partir des céréales de l’exploitation,
    • les quantités achetées,
    • la période d’achat.

Atelier engraisseur

En atelier engraisseur, la marge brute moyenne 2021 s’élève alors à 27 € par porc. On constate également des écarts conséquents de marges brutes entre les groupes extrêmes d’élevages. Là aussi, ces écarts ont pour origine des différences de :

  • performance technique,
  • valorisation des porcs,
  • prix d’achat de l’aliment.
Atelier naisseur engraisseur
Tri sur la marge brute par kg de carcasse
(1) Prix corrigés des variations mensuelles entre dates de clôture moyennes
Atelier engraisseur
Tri sur la marge brute par porc produit
(1) Prix corrigés des variations mensuelles entre dates de clôture moyennes

Ces dispersions de rentabilité dans la production porcine peuvent se traduire par des capacités de résistance très différentes entre exploitations, selon leur système de production, pour gérer la crise actuelle.

Systèmes de production avec le taux de spécialisation de l’activité porcine

Moyennes 2021 des systèmes de production porc
Moyennes 2021 des systèmes de production 
(1) Chiffre d’affaires porc rapporté au chiffre d’affaires total hors aides
(2) SAU : Surface Agricole Utile                                            
(3) Dans les élevages naisseur ou naisseur engraisseur
(4) Dans les élevages livrant du lait de vache                      
(5) UGB : Unité Gros Bétail, dans les élevages avec des bovins

En Normandie et en Pays de la Loire, la production porcine est fréquemment associée aux grandes cultures ou à d’autres ateliers d’élevage.

En 2021, les exploitations porcines spécialisées représentent 29 % des entreprises produisant du porc (soit près de 7 points de plus que 10 ans plus tôt).

À l’inverse, les exploitations avec moins de 20 % de leur CA en porc voient leur part se réduire de près de 4 points.

Si la production porcine se réduit dans notre région (de – 30 % d’exploitations entre 2011 et 2021), elle se concentre dans les élevages les plus spécialisés. La disponibilité de la main d’œuvre et son efficacité (par sa spécialisation) semble être l’un des principaux facteurs au maintien d’un atelier porc.

En effet, le choix d’arrêter ou non la production porcine se pose si la charge de travail s’accroit (lors d’un départ en retraite d’un associé par exemple) et qu’un besoin de modernisation des installations porcines est nécessaire pour y faire face.

Dans une conjoncture (prix du porc et de l’aliment) très volatile, comparativement aux autres productions, ce sont donc les exploitations et les éleveurs spécialisés qui concentrent la production restante.

Les éleveurs porcins spécialisés disposent :

  • Des ateliers les plus importants avec 329 truies en moyenne, contre 113 à 176 truies dans les autres systèmes associant lait de vache et/ou bovins viande. À noter que les systèmes les moins spécialisés sont aussi ceux qui ont le moins d’ateliers avec des truies : abandon du naissage vers de l’engraissement uniquement ?
  • De moins de SAU. Plus de la moitié des élevages spécialisés comptent moins de 5 ha de SAU. Ils résultent fréquemment de la scission d’une exploitation avec plusieurs productions, avec pour objectif la transmission facilitée d’une partie de l’entreprise.

Les situations financières des exploitations porcines se tendent

Moyennes 2021 des résultats financiers production porc
Moyennes 2021 des résultats financiers
(1) Excédent brut d’exploitation
(2) Frais financiers de court terme

Pour les trois systèmes de production porcins les plus spécialisés, la rentabilité par actif familial en 2021 est donc en forte baisse. Rappelons que l’année 2020 avait été particulièrement favorable à la rentabilité des élevages.

Malgré le maintien des annuités à un niveau stable en valeur, elles consomment la totalité ou plus de la rentabilité dégagée par le système.

Les réductions des prélèvements privés et des investissements conduisent à limiter la dégradation de la trésorerie sur l’année.

Face à un 1er semestre 2022 difficile sur le prix de l’aliment et aux incertitudes du marché du porc (évolutions des exportations vers la Chine, comportement des consommateurs face à l’inflation), la filière porcine devra s’adapter une nouvelle fois pour pérenniser le potentiel de production sur notre région.

Annexe : éléments de méthode

Période d’étude : clôtures comptables de 12 mois comprises entre le 31/01/2021 et le 31/12/2021.

Comparaison des résultats sur deux ans par système de production selon le poids du chiffre d’affaires porc dans le chiffre d’affaires total (aides PAC non comprises).

Marges brutes des exploitations porcines selon l’orientation de l’atelier.

Calcul du prix de revient du kg de carcasse :

  • Sélection d’un sous-groupe d’exploitations spécialisées avec un atelier naisseur engraisseur,
  • Répartition des charges de structure entre activités, selon des clés d’affectation basées sur les charges par hectare des exploitations spécialisées en céréales et oléo protéagineux,
  • Rémunération de 1,5 % des capitaux propres affectés à l’activité,
  • Rémunération brute de 42 000 € par actif affecté à temps complet à l’activité porcine.

Vous pouvez relire nos autres observatoires sur les productions porcines directement sur le lien suivant.

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