Prérequis en agriculture biologique

Dans un marché en mouvance, quels sont les prérequis pour réussir en agriculture biologique ?

Retrouvez en vidéo, Elodie Montaigne répondant à la question : dans un marché en mouvance, quels sont les prérequis pour réussir en agriculture biologique ? En effet, l’agriculture biologique est un marché en mouvement et dynamique. Pour se convertir en agriculture biologique, il y a donc des prérequis à prendre en compte en amont de la conversion.

Le bio : un marché porteur mais …

La consommation de produit biologiques poursuit son développement. Le chiffre d’affaire de la filière double tous les 5 ans. La croissance est donc assez exponentielle. Nous passons d’un marché de niche, en 2010, à un marché de grande consommation. Les consommateurs bio sont séduits par les producteurs locaux, même si les grandes et moyennes surfaces restent en tête.

Dans un contexte de baisse du budget de l’alimentation des ménages, la consommation de produits de l’agriculture biologique est dynamique. Les produits bio sont à 67% français, il y a donc très peu d’importation.

On a une diversité de canaux de distribution, notamment l’augmentation de la vente à la ferme. Il faut noter que 10 % des consommateurs bio s’orientent sur des circuits courts plutôt que sur les grandes surfaces.

La loi Egalim dit qu’au plus trad le 1er janvier 2022, il doit y avoir 20 % de produits bio dans les restaurations collectives.

Un rythme de conversation toujours plus intense

Le rythme de conversions des exploitations en bio est très intense (5 994 producteurs bio supplémentaires en 2020). Les surfaces agricoles en bio on doublé en 5 ans, avec 2,55 millions d’hectares en SAU bio ou en conversion en 2020, soit plus de 53 000 fermes bio au 31 décembre 2020 (soit 12 % des fermes françaises).

Il y a différents soutiens publics financiers favorables à l’ensemble de la filière biologique actuellement qui sont à l’origine des conversions : Fonds Avenir Bio mis en place avec le fond de relance, aide à la conversion et au maintien. Ces aides représentent 13 millions d’euros entre 2021 et 2022. De plus, certaines coopératives et laiteries poussent à la conversion des productions en bioloiguqe.

On peut toutefois se poser la question, si ce rythme de conversion restera aussi maintenu à l’avenir. Quel sera l’impacte de la réforme de la PAC ? Car nous savons que les aides au soutient à la conversion seront renforcées alors que celles au maintient arrêtées. De plus, certaines filière en bio posent question. C’est le cas notamment de l’élevage allaitant qui semble pénalisé au niveau de la réforme de la PAC.

Grandes cultures biologiques

Les évolutions sont exponentielles en terme de surface des exploitations bio ou en cours de conversion. Ces évolutions concernent les exploitations spécialisées en grandes cultures. Toutefois le marché est toujours déficitaire.

En conséquence de la dynamique enclenchée ces dernières années, les grandes cultures enregistrent un fort développement des surfaces certifiées bio en France (+ 29 %), particulièrement pour les oléagineux (lin, soja et tournesol). Les surfaces en grandes cultures sont encore insuffisantes aujourd’hui et mettent un frein au développement des filières porcs et volailles bio. D’autant plus avec les évolutions du règlement bio prévues en 2022.

Les exploitations en agriculture bio sont caractérisés par des rotations plus longues et diversifiées qu’en conventionnel. Pour les exploitations spécialisées en grandes cultures, le passage en bio induit donc une baisse des rendements. La diminution du produit qui en résulte est en partie compensée par les aides.

Ce changement de système de production nécessite des investissements matériels, générant une hausse des charges de mécanisation au travers des amortissements. De plus, le besoin de main-d’œuvre supplémentaire, selon la taille de l’exploitation, vient alourdir les charges de structure. Pendant cette phase de conversion, les aides sont donc importantes pour l’équilibre économique des exploitations.

L’étude bio réalisée sur le territoire de Normandie Maine (sur 41 exploitations) montre un bonne efficacité économique. Cette efficacité provient en partie de deux facteurs :

  • Un système économe en intrants (30 % du produit)
  • Des prix de ventes rémunérateurs permettent de compenser les moindres rendements.

L’EBE dégagé (101 200 € en moyenne) permet de faire face aux prélèvements (48 200 €), aux annuités et frais financiers (42 500 €) et de dégager un marge de sécurité de 10 500 €. Il y a quatre facteurs de réussite qui se combinent entre la maîtrise technique et valorisation des produits, ainsi que la maîtrise des charges et de l’efficacité de la main d’œuvre :

  • Bonne maitrise du salissement des parcelles
  • Gestion durable de la matière organique du sol
  • Sortir des produits de qualité
  • Raisonner les investissements

Evolution du revenu des exploitations bio depuis 2015

Les chiffres d’affaires sont très stables, on a une réussite qui se maintient dans le temps. Nous avons également un résultat courant plutôt bon à plus de 35 000 € ces dernières années. Lorsque l’on étude les différents indicateurs économique. L’EBE est très stable et avoisine les 80 000 € en 2020. En terme de revenu disponible entre 25 et 30 000 €. Nous avons donc des exploitations avec un très bon niveau économique.

Indicateurs économiques 2020

Les indicateurs économique sont issus de l’étude bio des exploitations de Normandie Maine en 2019 sur 587 exploitations de 86 ha en moyenne.

Le résultat par UTHF s’élève à 22 000 €. En revanche, cette moyenne cache des disparités entre exploitants et systèmes. L’écart de revenu de 14 000 € / UTHF, entre les maraîchers et les producteurs de volailles spécialisés, illustre bien ces disparités entre systèmes. Toutefois, l’étude de la dispersion des résultats montre des écarts tous aussi importants à l’intérieur de chaque système. 

En 2018, le montant des investissements est de 44 600 €. L’efficacité économique est bonne car la moitié de l’EBE est un soutien financier, au niveau des annuités.

Différents profils d’agriculteurs biologiques

Il y a deux types de profils d’agriculteurs :

  • Ceux qui s’y lancent par conviction, valeur, volonté de produire mieux, souhait d’autonomie
  • Ceux qui s’y lance par opportunité, (meilleur prix sous condition de respecter un « Cahier des charges »), poussé par la demande des consommateurs et des entreprises de l’aval

Il s’agit donc de systèmes différents mais des résultats équivalents.

La filière lait de vache biologique a profondément muté ces dernières années : partant de 1% de la collecte laitière nationale en 2008, elle a dépassé la barre des 4% en 2019. Cette mutation s’est opérée au travers de deux vagues de conversions massives : une première à la fin de la décennie 2000/début 2010, et une seconde à partir de 2015 qui semble être arrivée à maturité en 2018/2019.

La crise traversée par la filière lait conventionnel en 2015/2016 n’est bien sûr pas étrangère à ces conversions massives, mais d’autres facteurs expliquent cette ruée vers la bio. Les politiques d’accompagnement, avec notamment la prime de conversion, ont ainsi aidé nombre d’éleveurs à franchir le pas. Les signaux positifs envoyés par le marché des produits alimentaires biologiques en sont un autre tout aussi essentiel. Il est passé d’un peu plus de 2,6 milliards d’euros en 2008 à près de 10 milliards en 2018, ce qui a conduit nombre d’entreprises de transformation laitière à se positionner sur ce créneau. Au travers de leurs plans de développement et leurs innovations en termes de fabrications, depuis le lait liquide conditionné jusqu’aux ultra-frais, beurre, crèmes ou fromages, ces entreprises ont donc été motrices de cette vague de conversion.  

Anticiper la période de conversion en bio

Un petit rappel du contexte dans un premier temps. Les productions en conversion sont valorisées comme du conventionnel alors que de l’autre côté les charges augmentent, avec un cahier des charges plus restrictif. Il faut donc repenser son système, avoir une situation saine avant de se convertir et donc anticiper. Pour se faire :

  • Penser collectif : s’entourer d’autre producteurs qui ont déjà franchis cette étape, faire des visites d’exploitations, lire des retours d’expériences…
  • Travailler autrement : agronomique ment, sécuriser les stocks, nouveaux matériels…
  • Repenser les débouchés et les stratégies de commercialisation des productions

En élevage, il est important de bien mesurer les baisses de production et de sécuriser les stocks pour en maitriser le coût. Au niveau technique, il faut être capable de produire des fourrages de qualité, équilibrés. Il y a une grande importance de la maîtrise et de l’optimisation du pâturage. Il est également conseiller de mettre en place de nouvelles cultures : céréales ensilés, méteil, légumineuses…

Facteur clé de réussite : l’accompagnement

Les agriculteurs doit être accompagner pendant leur conversion ou installation en agriculture biologique. Il est important de faire le point sur les motivations à passer en bio, sans négliger le coté humain.

  • Se poser les bonnes questions
  • Appréhender le cahier des charges, pour prendre conscience des enjeux techniques, économiques et organisationnels
  • Faire un diagnostic de son système : pour évaluer la faisabilité du projet en vérifiant la bonne santé financière de l’exploitation
  • Réaliser un prévisionnel financier pour simuler l’impact de la transition : baisse des rendements, investissements nécessaires, simuler le système en croisière, budget annuel nécessaire, résultats, plan d’actions pour la conversion …
  • Se faire certifier
  • Planifier la conduite de l’exploitation.

Prérequis et indicateurs à surveiller

L’objectif est de construire un système de production autonome. Pour se faire, il est possible de mettre en place un tableau de bord avec des indicateurs prédéfinis pour vérifier régulièrement le bon rythme de la conversion. Ce tableau de bord donne des indicateurs précoces : 

  • Sur les moyens mis en place par l’agriculteur 
    • Surfaces semées, 
    • Réalisation des investissements nécessaires, 
    • Formations suivies, 
    • Techniques spécifiques mises en place (désherbage mécanique, aromathérapie, etc…), 
    • Achat d’intrant par rapport au prévisionnel. 
  • Sur les résultats obtenus. 
    • Quantité et qualité du lait livré par rapport au prévisionnel, 
    • Coût alimentaire instantané, (les achats, notamment d’aliments pour animaux, sont environ 2,5 fois plus élevés qu’en conventionnel alors que le prix du lait bio n’est « que » 1,2 à 1,5 fois supérieur au prix du lait conventionnel (en 2016 : x 1,5)
    • Chiffre d’affaires, 
    • Trésorerie. 
  • Sur le contexte. 
    • Prix des produits, 
    • Demande des clients… 
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