Méthanisation : bilan et perspectives

Quel avenir pour la méthanisation en France ?

Retrouvez en vidéo, Timothée Delacourt sur l’avenir pour la méthanisation en France. Plutôt que prédire l’avenir, un bilan de la méthanisation en France sera tracé. La webconférence répondra à la question : quelles sont les perspectives de la méthanisation par rapport au présent ?

Une croissance à la hauteur des objectifs :

Quels sont les objectifs de la méthanisation ?  Les objectifs sont les objectifs de la PPE. La PPE c’est la Programmation Pluriannuel de l’Energie. Ceci permet de définir les orientations et les priorités d’actions des pouvoirs publics dans le domaine de l’énergie. Qui dit objectif dit moyen d’actions pour y arriver. Dans le cadre de la méthanisation ce sont des tarifs réglementés et des subventions d’investissement. Ces deux points vont déterminer la dynamique, plus ou moins importante, de la filière.

Une croissance à deux vitesses

La cogénération est le fait de prendre le biogaz issu de la méthanisation, de le brûler et de produire de l’électricité et de la chaleur. Alors qu’en injection, on va prendre ce même biogaz mais cette fois on va prendre que la partie méthane. Ce méthane pur sera directement injecté dans le réseau GRDF pour être consommé par les particuliers et les entreprises.

Que ce soit en injection ou en cogénération, les objectifs 2023 sont en bonnes voix pour être atteint. En 2021, en cogénération c’est déjà presque le cas. En injection, étant donné la tendance de la courbe, on peut être optimiste sur le fait de l’atteindre également.

Toutefois, les courbes d’évolutions des deux solution sont différentes. La méthanisation à démarrer en cogénération à partir de 2010 – 2011 alors qu’en injection c’est 2017. Les courbes de démarrages sont différentes pour plusieurs raisons :

  • la mise en place de ces tarifs réglementés
  • la maturité de la méthanisation par cogénération a bénéficié à l’injection
  • l’injection est plus flexible dans les intrants qui peuvent être apportés dans ce type d’unité de méthanisation.

La méthanisation par injection, malgré son démarrage plus tardif, a une production très proche de la cogénération. Les deux rythmes de développement sont très différents mais ils se rejoignent.

La dynamique de l’unité de méthanisation par injection

L’objectif de la PPE pour 2023 pour l’injection est de 6 TWh/an. Il faut donc multiplier par trois la production qui a eu lieu en 2020. Pour atteindre ces objectif, on peut imaginer le besoin d’aide de l’état et d’un réel soutient au niveau national.

Dans le processus de l’injection, il faut commencer par réserver une capacité d’injection au près de GRDF. Entre cette réservation et la mise en service de l’unité de méthanisation, il y a entre deux et quatre années, voire plus en fonction des projets.

Les 6 TWh étaient atteints en termes de capacité réservée depuis 2017. Et aujourd’hui, en 2021, c’est 26 TWh qui sont réservés sur ce réseau GRDF. Face à ça, l’état à commencer à s’inquiéter face au budget qui était alloué prévisionnellement au développement de la filière injection. En effet, on va largement dépasser les objectifs de la PPE, si jamais tous les projets réservés se réalisent. Mais il faut relativiser ça, puisqu’entre la capacité d’injection réservée sur le réseau et le projet qui va réellement voir le jour, il y a un pourcentage de perte assez important. Mais maigres ça, même si la moitié de projets ne vont pas au bout on dépasser les objectifs de la PPE.

Des ambitions et un potentiel encore considérables pour la méthanisation

Les objectifs de la PPE à l’horizon 2028 :

  • Injection de biométhane : 14 TWh (2,2 TWH produit en 2020)
  • Puissance installée en cogénération : 410 MW (251 MW au 30/06/2021)

Au vue des objectifs, il y a encore de la marge de progression et de la place pour les nouveaux projets en injection ou en cogénération.

L’ADEME a produit ,en janvier 2018, une étude de potentiel de la méthanisation agricole à l’échelle nationale. Selon l’ADEME, le potentiel de production via la méthanisation agricole serait de 123 TWh. C’est-à-dire en valorisant uniquement les déchets issues des exploitations. Aujourd’hui, on est à 4,8 TWh, soit 4% de ce potentiel. Il y a donc une grosse marge de progression pour la filière dans ce sens à l’échelle nationale.

La filière méthanisation est sous tension

Une pression institutionnelle et sociale

En ce moment, il y a une pression institutionnelle :

  • Baisse des tarifs de rachat du biométhane : au vue de la réservation de capacité, l’état a baissé les tarifs de rachat du biométhane entre 3 et 15 % selon l’arrêté du 23 novembre 2020. Il est donc plus compliqué de trouver une rentabilité par rapport au projet initialement conçu. La fourchette entre 3 et 15 % est fonction de la nature de la ration et plus précisément le taux d’effluant dans la ration.
  • Baisse trimestrielle des tarifs de rachat, en injection et en cogénération : l’état se désengage progressivement de la filière méthanisation.
  • Arrêté ICPE du 17 juin 2021 : exigences règlementaires plus importantes. Cet arrêté va augmenter les coûts à l’investissement et à l’exploitation.

D’un côté il y a une baisse des produits et de l’autre une augmentations des investissements. Il faut donc être d’autant plus vigilant sur la conception des projets.

Enfin, il y a une réelle pression sociale sur les projets aujourd’hui. Une étude parue en 2020, montre que sur un échantillon de 91 projets, c’est 35 % de ces projets qui ont fait face à des collectifs de riverains, d’habitants ou de défense environnement. La méthanisation suscite des inquiétudes ou des questions. Donc sans communication et sans acceptabilité locale, un projet méthanisation ne peut pas se faire.

Les facteurs clés de succès de la méthanisation en France

Choix de la parcelle d’implantation

Le choix de la parcelle d’implantation détermine dans un premier temps l’acceptabilité du projet. Au niveau de l’impact paysager, des flux routiers que ça peut générer. De plus, au niveau économique, l’impact peut être considérable puisque ça peut impacter sur les aspects logistiques. Donc une parcelle bien choisi en amont peut faire basculer le projet en réussite ou non.

Dimensionnement du projet

Le bon dimensionnement est primordial Le projet doit être rationnel dans ses investissement et tout de même évolutif. Cette évolutivité doit pouvoir être mesuré en fonction des porteurs de projets et des capacités au niveau local des matières.

Timing et méthode de communication / concertation

Le timing et la méthode de communication sont primordiaux. Car un projet même bien pensé, si on communique mal à son sujet, il peut être mal accepté par la population locale et donc être refusé ou contesté. Bien qu’il faut communiquer très tôt sur les projets, il faut aussi communiquer sur du concret. Il ne faut pas porter de la confusion sur les projets lorsque l’on communique. Lorsque l’on sait ce que l’on va faire là on peut communique sur comment se construit le projet. Dans tous les cas, il faut le faire avant les demandes d’autorisations administratives.

Choix des partenaires 

Un projet méthanisation c’est beaucoup de sujets, beaucoup de de domaines et donc de nombreux partenaires. Que ce soit en phase de pré projet ou de construction, le bon choix de partenaires peut favoriser la réussite du projet.

Détermination des porteurs de projets 

Un projet méthanisation prend beaucoup du temps sur du long terme. Cela peut-être une à deux années de projets avant de passer la construction. Donc, il faut croire en le projet et le défendre. La détermination des porteurs de projets peut être très différenciant.

Les perspectives de la filière méthanisation

Une réponse aux enjeux actuels et à venir

Il faut savoir pourquoi l’état veut faire de la méthanisation pour savoir s’il est pertinent ou non de porter ce type de projet.

En 2019, la France a importé 630 TWh de gaz, c’est donc un coût pour l’état et une dépendance aux importations gazières.

La méthanisation est un énergie locale. Elle représente donc un aspect géostratégique important pour l’indépendance énergétique de la France.

La méthanisation peut apporter une réponse au bilan carbone générale des exploitations agricoles. La méthanisation peut permettre d’améliorer les bilans carbones. Mais elle peut également substituer une énergie fossile, le gaz naturel, qui n’est pas renouvelable, via un gaz vert au bilan carbone neutre. En effet, le gaz produit par la méthanisation est issu de matières organiques qui captent du carbone.

La loi obligation valorisation déchets dit que d’ici 2023, les particuliers et les professionnelles devront valoriser leurs déchets et donc l’intégralité de leur biodéchets. Les solutions proposées sont le compostage et les méthanisations pour valoriser le gisement de bio déchets.

Un équilibre entre attentes sociétales et rentabilité à trouver

Plus il y aura d’unité de méthanisation sur le territoire, plus les citoyens seront sensible à comment elles sont faites et comprendre l’intérêt public de cette filière. Il y a donc plusieurs choses qui se mettent en place :

  • Garanties d’origine (arrêté d’août 2021) : soutien économique de la filière de l’état par la mise en place d’obligations d’achat du gaz par les entreprises consommatrices de gaz. Donc une part de leur gaz devra être d’origine renouvelable et décarbonées. Ces garanties d’origine permettent de garantir au consommateur de l’aspect renouvelable du gaz utilisé, tout en rémunérant le producteur.
  • Stations bioGNV qui se développe avec du biométhane. Ce dernier est utilisé comme carburant pour les véhicules. Ces stations ont pour objectifs de rapprocher le citoyen du biométhane et de savoir à quoi ça sert directement. L’AAMF prévoit 500 stations à l’horizon 2025.
  • Valorisation C02 / méthanation. Une partie du biogaz c’est du CO2. Ce CO2 est rarement valorisé. La méthanation consister à prendre de l’hydrogène produit par électrolyse de l’eau et de le coupler avec le CO2 produit lors de la méthanisation pour produire d’avantage de méthane. On aurait une voie d’avenir pour avoir en sortie des unités de méthanisation simplement du méthane et de l’eau.
  • Petite / micro méthanisation « à la ferme ». Un petit projet est souvent mieux accepté par les populations au niveau local. Ces petites exploitations pourra permettre une plus importante généralisation sur le territoire et une meilleure acceptabilité. Toutefois, nous manquons encore à ce jour de visibilité sur ces types d’unités en terme de rentabilité et de durabilité.

Conclusions :

La dynamique de la méthanisation est bien réelle et les objectifs restent ambitieux fixés par l’état sont sur le point d’être atteint.

Mais une série de mesures institutionnelles et des levées de boucliers de riverains peuvent apporter des freins.

Toutefois, le potentiel de développement reste considérable. La méthanisation a un réel intérêt pour les porteurs de projets agricoles et la société.

La filière a nécessité de se rendre encore plus vertueuse afin de démontrer son utilité publique et de favoriser son acceptabilité. Afin de développer plus vite et de manière plus sur les projets de méthanisation.

Les années à venir vont être déterminantes. Car les capacités réservées dans le réseau GRDF indique que de nombreux projets vont sortir dans un à trois ans. Et donc le « boom » de développement va être dans les prochaines années. A ce moment là, nous verrons la cohabitation entre les nombreuses méthanisations et la population. C’est là, que la méthanisation devra faire ces preuves.

Quel avenir pour la méthanisation en France ?
Quel avenir pour la méthanisation en France ?

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