Marché du sucre va mieux

Le marché du sucre va mieux, les planteurs attendent des prix

En 2022, le marché du sucre va mieux. La forte production brésilienne d’éthanol favorise le déficit d’offre. Les prix du sucre sont au plus haut depuis 4 ans. Mais la production européenne reste déficitaire. En France, les planteurs ont besoin d’être rassurés avant d’augmenter les surfaces en betteraves, en particulier en matière de relations contractuelles, avec davantage de réactivité des prix.  

Marchés mondiaux du sucre : une production variable

La consommation de sucre augmente dans le monde au rythme modéré de 0,5 % par an (+ 1 à 2 Mt / an). Sur la campagne 2021/22, elle est d’environ 185 Mt de sucre brut.

La production de sucre augmente aussi en tendance. Elle est plus variable selon les années ; de 179 Mt de sucre brut (réc. 2016 et 2020) à 194 Mt (réc. 2017). Le sucre de canne est très majoritaire. La part du sucre de betteraves varie entre 21 et 24 %.

Les principaux pays producteurs de sucre sont le Brésil (37 Mt en 2021, mais 42 Mt en 2016), l’Inde (34 Mt en 2021, mais 22 Mt en 2016) et l’UE-27 (16 Mt en 2021, mais 20 Mt en 2017). Viennent ensuite la Chine (importateur net pour 5 Mt) et la Thaïlande (exportateur net).

Les échanges mondiaux portent sur près de 40 % de la production, soit 70 Mt environ. Les principaux exportateurs de sucre sont le Brésil, l’Inde et la Thaïlande.

Le marché du sucre dépend de l’équilibre offre – demande, mais aussi du prix du pétrole. En effet, la production de sucre brésilienne varie selon l’intérêt ou non de valoriser la canne à sucre en éthanol.

Le déficit d’offre sur 3 campagnes redresse nettement les cours du sucre

L’excédent de production de l’année 2017 par rapport à la consommation (10 Mt) avait fait s’effondrer durablement les cours mondiaux du sucre blanc sous la barre des 300 €/t.

Le déficit cumulé des récoltes 2019 à 2021 (10 Mt environ) réduit fortement les stocks de fin de campagne. Ils devraient passer en trois ans de 42 % d’une année de consommation à 36 % pour l’automne 2022. Les marchés se redressent. Les cours du sucre blanc ont franchi le seuil de référence symbolique de 404 €/t à l’automne 2021. Fin mars 2022, le cours du sucre blanc à Londres est de 480 €/t.

Zoom mondial sur les deux dernières campagnes

Récolte 2020 : tendance haussière tout au long de la campagne

La crise de la Covid au printemps 2020 avait cassé la dynamique de hausse des cours qui était engagée suite au déficit de la récolte 2019.

Puis la campagne 2020-2021 a été marquée par un nouveau déficit de production (- 3 à – 4 Mt).

Au Brésil, la forte hausse du prix de l’éthanol a conduit les industriels à transformer la canne à sucre majoritairement en éthanol et à réduire leur production de sucre, ce qui a contribué à creuser le déficit mondial de sucre.

L’Inde a par contre augmenté sa production de sucre. Elle s’affirme désormais comme un exportateur majeur, devant la Thaïlande, qui a connu une récolte historiquement basse.

Le rééquilibrage des marchés et la relative maitrise sanitaire ont ainsi entrainé une reprise progressive des cours du sucre depuis avril 2020.  

Sur la campagne 2020-2021, la valeur moyenne du sucre brut a été de 16,5 cts/lb, après trois campagnes successives sous les 13 cts/lb, soit une hausse de 27 %.

Le sucre blanc raffiné a connu une tendance similaire, malgré une contraction de la prime de blanc (différence entre la valeur du sucre raffiné et du sucre brut).                          

Récolte 2021 : le nouveau déficit d’offre confirme la hausse des cours

Les estimations pour la campagne 2021-2022 tablent sur un nouveau déficit entre offres et demandes mondiales (- 2 à – 3 Mt).

La production 2021 serait en hausse (+ 4 Mt, soit 183 Mt), mais encore inférieure à la consommation (+ 2 Mt, soit 185 Mt).  En hausse : la Thaïlande (+ 2 Mt).  La production en Inde serait stable, mais avec des stocks au plus bas et une volonté de développer sa filière éthanol.

La production brésilienne dont la campagne va s’ouvrir en avril 2022 sera le principal facteur d’influence du marché. Elle est attendue en baisse (- 5 Mt exportées).

En complément de ces fondamentaux du marché, les fonds spéculateurs jouent un rôle important sur le marché à terme du sucre brut. Leurs prises de positions « nets acheteurs » marquent leur confiance dans le maintien d’une dynamique positive des cours.

Fin mars 2022, le sucre brut cote 430 $/t à New York ; et le sucre blanc à Londres 535 $/t, soit 480 €/t.

Ces valeurs du sucre brut et du sucre raffiné n’avaient pas été observées depuis quatre ans.

Dans des marchés mondiaux porteurs, l’UE reste importatrice nette…

Récolte 2020 : le choc de la jaunisse en France

Pour la 3ème année consécutive, les surfaces de betteraves de l’UE se réduisent (- 4% par rapport à 2019).  Les prix bas depuis la récolte 2018 réduisent l’attractivité de cette culture. Les surfaces de l’UE-27 cultivées en betteraves reviennent ainsi à leur niveau moyen sous les quotas.

La France contribue pour plus de la moitié à la baisse des surfaces de l’UE, suite à la fermeture annoncée en 2019 des usines de Saint Louis Sucre (- 15 000 ha, Calvados) et Cristal Union (- 5 000 ha, Limagne).  

La production française 2020 de sucre a été catastrophique, suite à l’épisode de jaunisse virale. L’effondrement des rendements en betteraves (61 t/ha, – 28 %) fait chuter la production nationale de sucre de 30 % à 3,6 Mt (- 1,6 Mt). 

La récolte 2020 de l’UE-27 n’est que de 14,5 Mt de sucre (- 1,8 Mt, – 11 % par rapport à 2019), après 2 campagnes déjà très affectées par les sécheresses.

L’UE est importatrice nette de sucre en l’état pour la 3ème campagne consécutive.

Suite à la faible récolte 2020, les stocks de fin de campagne (automne 2021) sont en forte baisse, autour de 1 Mt, niveau le plus bas depuis 10 ans.

Récolte 2021 : comme au temps des quotas sucre…

Après une nouvelle réduction des surfaces (- 3% par rapport à 2020), surfaces, rendements et production de l’UE-27 pour la récolte 2021 sont très proches des moyennes obtenues sous le régime des quotas (réc. 2012 à 2016).

La production est ainsi estimée à 15,9 Mt de sucre. La consommation de sucre alimentaire devrait être stable (13 Mt). Les usages non alimentaires (dont le débouché bioéthanol) devraient être favorisés. Les exportations de sucre en l’état seraient limitées aux débouchés traditionnels (1 Mt), et inférieures aux importations (1,6 Mt). L’UE serait encore importatrice nette. Et le stock de fin de campagne resterait très faible (1,4 Mt à l’automne 2022).  

Les prix du sucre dans l’UE remontent significativement. 

Récolte 2022 :  l’espoir d’une stabilité des surfaces européennes ?

En déc. 2021, la CGB avançait l’hypothèse optimiste d’un maintien des surfaces européennes de betteraves en 2022.

Depuis, un arrêté autorisant temporairement l’emploi en France de semences de betteraves traitées aux néonicotinoïdes a été publié (élément favorable) ; mais le prix de vente des cultures alternatives, dont le maïs, a flambé (élément défavorable).

En France, la tendance est à une réduction des surfaces (- 2 %). Les betteraves plantées dans l’UE-27 pourraient donc encore baisser. Elles entraineraient avec elles le risque d’un manque de sucre et d’une envolée des prix sur le marché européen.

Production de sucre en France : la nécessaire sécurisation des planteurs…

Après l’année 2020 atypique, 2021 revient dans la moyenne et rassure

Depuis la fin des quotas sucre, et la récolte record de 2017, les surfaces de betteraves françaises se réduisent année après année. Les 2 dernières récoltes ont poursuivi cette tendance, pénalisées par un prix peu incitatif.

Récolte 2020 :

Baisse des surfaces suite aux fermetures de sucreries annoncées en 2019 (- 5 % = 421 000 ha). Effondrement de la production française : rendement historiquement bas, résultat des impacts cumulés d’une épidémie de jaunisse virale incontrôlée et d’une longue sécheresse. Production de 26 Mt de betteraves et de 3,6 Mt de sucre (-1,6 Mt, soit – 31 %).

Tous les départements ont souffert en 2020, mais avec des situations très hétérogènes. Deux tiers des sucreries françaises ont eu des rendements inférieurs à 70 t/ha, et un tiers inférieurs à 50 t/ha.

Récolte 2021, surfaces en baisse (- 4 %) :

Gel obligeant le resemis de 50 000 ha. Rendement de 87 t/ha, proche de la moyenne quinquennale (hors 2020). Production estimée à 35 Mt de betteraves et 4,8 Mt de sucre(+ 33 % par rapport à 2020). 

Après plusieurs années décevantes, le prix des betteraves remonte enfin…  

Depuis la fin des quotas, le prix des betteraves en France n’avait fait que baisser : 25,5 €/t en moyenne pour la récolte 2017, 23,0 €/t pour 2018.  

Récolte 2019

La récotle 2019 marquait le point bas du prix des betteraves en France, avec une rémunération moyenne à 22,9 €/t (dividendes et intérêt aux parts sociales inclus).

Récolte 2020

La récolte 2020 bénéficie donc d’un premier mouvement de reprise. Selon la CGB, le prix moyen des betteraves augmente de 10 % à 25,2 €/t.

Les réductions régulières des surfaces françaises plantées en betteraves, incitent les sucreries de nos territoires à motiver davantage les planteurs. Alors que les cours mondiaux du sucre augmentent. Après une phase de restructuration douloureuse, les industriels souhaitent aujourd’hui augmenter leurs surfaces en betteraves dans les zones à fort potentiel de rendement. Et les prix du sucre sont plus incitatifs.

Récolte 2021

La récolte 2021 va ainsiconfirmer la hausse des prix des betteraves. Cristal Union a déjà annoncé une rémuné-ration proche de 29 €/t, tandis que Saint Louis Sucre ménage le suspense avant les paiements de juin 2022. La hausse moyenne des prix des betteraves 2021 devrait se situer entre + 10 et + 20 %.

Récolte 2022

Et la récolte 2022 profitera aussi largement de l’embellie des marchés mondiaux du sucre. En effet, Cristal Union a annoncé début 2022 un prix indicatif de 28 €/t, en hausse de + 2 €/t, pour un objectif de rémunération à 30 €/t. Et Saint Louis Sucre a surpris les planteurs mi-mars en annonçant un prix garanti de 35,5 €/t (33,0 €/t en betteraves entières).   

De quoi redonner des couleurs à la marge brute betterave. Mais la betterave doit encore défendre sa place dans la rotation, face à des prix du blé ou du colza à des sommets…

Des relations de filière encore à réinventer

La filière sucre ne parvient pas à ajuster les surfaces aux besoins du marché européen

Depuis la fin du régime des quotas, la filière sucre ne parvient pas à ajuster les surfaces aux besoins du marché européen. Ce dernier demeure donc importateur net.

Ainsi, les surfaces en betteraves de l’UE ne devraient pas augmenter pour la récolte 2022… Alors que le prix mondial du sucre progresse de plus de 50 % en trois ans. De plus, les stocks européens sont au plus bas depuis 10 ans,

Selon la CGB, le manque de réactivité face aux signaux du marché provient de l’incapacité de la filière à moderniser ses relations contractuelles. Le syndicat betteravier majoritaire remet ainsi en cause les pratiques commerciales historiques entre fabricants et utilisateurs de sucre. Elles consistent à négocier un contrat de livraison avec un volume de sucre à prix fixe, avant de connaitre les résultats de la campagne. Cette situation ne permet pas ensuite de profiter des hausses des cours éventuelles. Et, elle démotive les planteurs dont les prix sont en décalage avec le marché.

Deux pistes pour améliorer la réactivité de l’offre à la demande

La CGB met en avant deux pistes pour améliorer la réactivité de l’offre à la demande.

D’une part, elle propose de favoriser la réactivité du marché domestique. L’adoption récente en France de la Loi EGALIM 2 pourrait alors permettre la mise en place d’indicateurs de marchés reconnus par tous, sur lesquels les opérateurs de la filière pourraient s’appuyer pour intégrer dans leurs contrats des clauses de révision ou d’indexation de prix ; et ainsi ajuster les prix d’achat des betteraves à la réalité des marchés après la récolte. 

D’autre part, la CGB propose d’indexer le prix des betteraves sur les marchés à terme du sucre. Une autre option serait d’offrir aux planteurs la possibilité de s’engager à produire un volume supplémentaire à leur volume contractuel. Cette démarche volontaire, en test au Royaume Uni, serait limitée en volume (par exemple à 10 % des engagements) ; et sécuriserait la marge des industriels.

La betterave, objet de concurrence entre sucreries, et aussi entre cultures !

Avec la remontée des cours du sucre, les sucreries ont annoncé leur volonté d’augmenter les surfaces en betteraves dans les régions à haut potentiel de rendement. Des hausses de surfaces de + 10 à + 20 % sur 2 ans sont ainsi attendues. Cristal Union – Fontaine le Dun (76) annonce une augmentation de 3 000 ha en 2 ans. Saint Louis Sucre – Etrépagny (27) mise sur une hausse de 2 000 ha en 2022.

Côté prix, les engagements 2022 varient de 28 €/t (Cristal Union) à 35,5 €/t (Saint Louis Sucre).

Après avoir restructuré et fermé des usines, les industriels français du sucre semblent donc maintenant en compétition entre eux pour disposer de suffisamment de betteraves à l’avenir.

Par ailleurs, du côté des producteurs, les betteraves font face à la concurrence du blé ou du colza dont les prix très élevés sur les marchés à terme permettent d’envisager des marges brutes (en 2022) entre 1 200 et 1 600 €/ha (après travaux par tiers), pour une marge brute betterave entre 1 100 (à 28 €/t) et 1 900 €/ha (à 35 €/t)…

Un système de gestion des risques en agriculture plus incitatif dès 2023

Pour faire face aux défis du changement climatique et à ses aléas (sécheresses, inondations, gel et intempéries, orages de grêle localisés…), un nouveau régime d’indemnisation des pertes de récoltes résultant d’aléas climatiques a été adopté en mars 2022. Il regroupe deux régimes existants, l’assurance multirisques climatiques des récoltes (MRC) et le régime des calamités agricoles, pour faire reposer la solidarité nationale sur le partage du risque entre l’État, les agriculteurs et les assureurs. 

Ce nouveau dispositif aura trois étages. Les agriculteurs assumeront les risques de faible intensité (moins de 20% de pertes). Les risques d’intensité moyenne (entre 20 et 50 % de perte) seront couverts par un contrat d’assurance récolte (MRC). Le seuil de la franchise sur ces contrats pourra être abaissé à 20 %. L’État prendra en charge jusqu’à 70 % de la prime d’assurance payée par les agriculteurs. Enfin, les risques dits catastrophiques seront garantis par le fonds national de gestion des risques en agriculture (FNGRA), pour toutes les cultures.

Pour simplifier les démarches des agriculteurs, les assureurs pourront jouer le rôle de guichet unique lors du versement des indemnités.

Retrouvez toutes nos publications sur le marché du sucre sur notre site internet.

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