Prix du lait : clôtures été 2022

Prix du lait : 350 à 380 € / 1 000 l. pour les clôtures de l’été 2022

La demande mondiale est soutenue et l’offre de lait limitée. Ce contexte a tendu les prix sur l’année 2021 et le début 2022. La guerre en Ukraine ajoute de la tension et de l’inflation sur les marchés. Les prix de revient vont augmenter. Chaque éleveur doit adapter ses pratiques en cohérence avec son système. Le prix du lait pour les clôtures de l’été 2022 est estimé de 350 à 380 € / 1 000 l.

  • La demande mondiale fait flamber les prix
  • Aide à l’analyse des résultats et aux prévisions
  • La hausse des intrants fait bondir les prix de revient du lait
  • Le lait bio semble engagé dans une crise profonde

 La demande mondiale fait flamber les prix

Une collecte mondiale peu dynamique

En 2021, la collecte des principaux exportateurs mondiaux a été peu dynamique : + 2 Mt sur un an (+ 0,7 %). Les États-Unis, dynamiques en début d’année, ont stabilisé leur collecte en fin d’année (+ 1,7 Mt, à 103 Mt), avec un cheptel en baisse. L’Union européenne (UE-27) n’a fait que stabiliser sa collecte (+ 0,2 Mt, à 145 Mt).

Allemagne, France et Pays-Bas sont en baisse. Seules l’Irlande et l’Italie sont dynamiques. La Pologne se stabilise. La Nouvelle-Zélande stabilise aussi sa production (+ 0,1 Mt, à 22 Mt).

Début 2022, la collecte mondiale reste peu dynamique.

Une demande mondiale croissante, en particulier en Chine

La pandémie de Covid avait stoppé la croissance des échanges en 2020. Ils retrouvent du dynamisme sur 2021. La Chine est le principal acteur de cette croissance. Sur un an, ses achats ont augmenté en volumes de + 15 % (lactosérum) à + 30 % (poudre de lait entier), laissant supposer la (re)constitution de stocks de sécurité. Les exportations de fromages sont dynamiques (+ 10% / 2020).

La hausse des échanges profite naturellement aux pays capables de produire davantage. Les États-Unis devancent maintenant l’UE sur le marché des poudres de lait écrémé. L’UE reste leader à l’export des fromages, mais réduit ses exportations de poudre de lait (écrémé et entier), par manque de matière. La Nouvelle-Zélande poursuit sa spécialisation dans l’export de poudre de lait entier. Chacun des trois exportateurs a augmenté ses ventes sur le marché valorisant des fromages (+ 6 à + 14 %).

Début 2022, les records battus sur les marchés à terme en Nouvelle-Zélande confirment la bonne tenue de la demande.

Une valorisation beurre – poudre historique !

Sur l’année 2021, la valorisation beurre-poudre a été voisine de 355 € / 1 000 l. (+ 70 € / 2020). Début 2022, le beurre dépasse les 5 500 €/t et la poudre de lait écrémé les 3 500 € / t. La valorisation beurre-poudre atteint des sommets inédits, supérieurs à 500 €/t. La référence Cniel utilisée dans les formules de calcul du prix du lait (jusqu’à 30 % dans la composition du prix de base) subit la contestation des laiteries, pour lesquelles la hausse récente des coûts industriels n’est pas bien prise en compte.

Evolution de la valorisation beurre-poudre
L’évolution de la valorisation beurre-poudre @Cniel

Aide à l’analyse des résultats et aux prévisions : 350 à 380 € sur l’été 2022

Retour sur l’année civile 2021

Sur l’année civile 2021, le prix de base du lait conventionnel français se situe entre 335 et 345 € / 1 000 l., soit une hausse de + 5 € à + 20 € / 1 000 l. sur un an, selon les laiteries. Tous les postes contribuant à la fixation du prix du lait ont eu un effet positif. La hausse de la valorisation beurre–poudre explique à elle seule 50 % de la hausse du prix de base.

Le tableau ci-dessous schématise la constitution du prix du lait à partir du mix-produit de la ferme France.

En pratique, chaque laiterie adapte les critères à ses spécificités. Mais force est de constater qu’au final, les écarts de prix entres laiteries sont faibles, pour 2021.

Constitution prix du lait à partir du mix-produit de la ferme France
Constitution du prix du lait à partir du mix-produit de la ferme France – @Cerfrance

Prévisions pour l’année 2022

Pour l’année 2022, les négociations commerciales avec les grandes et moyennes surfaces (GMS) ont à nouveau été difficiles. La loi Egalim 2 a permis aux laiteries de faire passer des hausses de leurs prix « sortie usine » en mettant en avant la hausse « sanctuarisée » des prix de revient des éleveurs. Mais face à l’argument de la hausse des charges industrielles (emballages, carburant, énergie), les distributeurs répliquent « lutte contre l’inflation et baisse du pouvoir d’achat des ménages ». Mi-mars, une réouverture des négociations est envisagée suite aux conséquences des événements en Ukraine.

L’année 2022 affichera des prix du lait en hausse significative, avec un effet majeur de la valorisation beurre – poudre, puis du prix allemand.

Les clôtures de mars 2022 vont renforcer la hausse du prix de base, entre 340 et 360 € / 1 000 l. (+ 15 à + 35 € / 1 000 l. selon les laiteries).

Les clôtures de l’été 2022 devraient présenter des prix de base entre 350 et 380 € / 1 000 l., en hausse de + 25 à + 45 € / 1 000 l., sous réserve de nouveaux bouleversements géopolitiques.

Prix et variation du prix du lait conventionnel
Prix et variation du prix du lait conventionnel – @Cerfrance

La hausse des intrants fait bondir les prix de revient du lait

Outre le prix du lait, l’évolution des intrants impacte la rentabilité de la production laitière.

Sur l’année civile 2021, le coût de production du lait a augmenté. La hausse des concentrés (azotés et énergétiques) a été significati-ve pour les éleveurs qui n’avaient pas contractualisé leurs approvisionnements.

En outre, la hausse des carburants et des engrais a commencé. Globalement, les résultats des éleveurs se maintiennent ; la hausse des charges étant compensée par la hausse des produits.

Les prévisions pour l’année 2022 sont difficiles à réaliser du fait de l’absence de visibilité sur la suite de la guerre en Ukraine. Ce conflit favorise l’inflation des prix dans des marchés déjà tendus et créé beaucoup d’incertitudes.

Selon le scénario final qui se dessinera, les éleveurs maintiendront ou pas leur revenu. La forte hausse attendue du prix du lait, liée à des éléments très volatils, ne ferait donc au mieux que compenser une hausse des charges qui s’annonce assez persistante.

Heureusement, pour limiter l’impact de cette hausse des charges, les éleveurs mettent déjà en place des stratégies d’adaptation.

Exemples de stratégies d’adaptation suite à la hausse des intrants, à ajuster au cas par cas :

  • Limiter des animaux improductifs.
  • Optimiser les rations.
  • Faire jouer la concurrence entre fournisseurs.
  • Valoriser les engrais organiques.
  • Rechercher davantage d’autonomie alimentaire.
  • Valoriser les cultures dérobées.
  • Augmenter les légumineuses et protéagineux.
  • Utiliser les coproduits disponibles (drêches de brasserie, pulpe de betteraves, etc.)
  • Si les stocks fourragers sont suffisants, faire des impasses d’engrais sur prairies.
  • Contractualiser l’achat des intrants quand les prix sont intéressants, etc.

Le lait bio semble engagé dans une crise profonde …

Le marché du lait bio est confronté à un déséquilibre majeur entre l’offre et la demande qui peut menacer la rentabilité de la filière bio.

Collecte lait bio 12 mois glissants
Collecte du lait bio sur 12 mois glissants

La croissance très dynamique de la collecte ces dernières années (> + 10% par an) se heurte depuis 2021 à une inversion de la dynamique de consommation qui a surpris la filière lait. Les ventes de produits biologiques ont baissé en 2021 et sont au mieux stables par rapport à 2019 (- 3 % en ultra-frais).

La fin de la menace sanitaire et le développement d’un marketing alternatif sur les produits laitiers conventionnels « sans OGM », « local », « zéro résidu de pesticides », etc., pèsent sur les actes d’achat des ménages avant même les tensions à venir en 2022.

dynamique de la filière lait biologique en France
Dynamique de la filière lait biologique en France – @Cniel

Le déséquilibre entre offre et demande se répercute à la production. Pour maintenir la valeur ajoutée du lait bio, la plupart des laiteries ont déclassé en 2021 une partie de leur collecte (jusqu’à 30 %) pour la valoriser par exemple en lait non OGM. Selon FranceAgrimer, sur 2021, le prix payé du lait bio a perdu 4 € pour atteindre 480 € / 1 000 l.

Le rééquilibrage entre offre et demande pourrait prendre du temps

Dès 2021, les laiteries ont stoppé les conversions (hors installation), mais les exploitations converties en 2020 arrivent. Ainsi, la collecte de lait bio 2022 sera en hausse d’environ + 100 Ml. (+ 10 %), ce qui va renforcer la tension sur ce marché. Les laiteries vont donc poursuivre le déclassement partiel de leur collecte bio.

À court terme, la valorisation beurre-poudre, voisine du prix du lait bio, limite l’impact de l’excédent d’offre sur le prix du lait bio.

À moyen terme, la filière doit trouver les moyens de rééquilibrer les marchés

Faudra-t-il réduire les volumes collectés ? Avec quels financements ? Les producteurs bio appellent de leur côté les pouvoirs publics à faire appliquer la loi Egalim 1, qui vise la présence de 20 % de produits bio dans la restauration collective dès 2022.

Retrouvez toutes nos dernières veilles économiques sur le prix du lait sur notre site internet.

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