Marchés céréales et oléagineux | Septembre 2022

Veille économique de septembre 2022 : Céréales et oléagineux : des marchés très incertains

Découvrez notre veille économique du mois de septembre 2022 sur les marchés des céréales et oléagineux : des marchés très incertains :

La campagne 2022-2023 s’ouvre sur un bilan mitigé concernant la production mondiale des céréales mais de très bonnes récoltes en soja et colza. Mais elle est surtout marquée par de grandes incertitudes liées au contexte géopolitique, au ralentissement de l’économie et à la crise énergétique mondiale. Un contexte qui impose plus que jamais de garder la tête froide et de rester sur les fondamentaux de gestion : ne pas spéculer et se couvrir…

Maïs : une culture fortement impactée par le contexte climatique de l’année

Une production mondiale en nette baisse

À l’échelle mondiale, la production de maïs devrait reculer de 8 % selon les dernières prévisions de l’USDA (Ministère américain de l’Agriculture), pour atteindre 1 173 Mt. Cela représente 47 Mt de déficit de production par rapport à l’an passé. Les tensions les plus fortes se situent dans l’Union Européenne (UE) dont la production devrait être la plus faible des quinze dernières années, autour de 59 Mt. En cause, les conditions climatiques chaudes et séchantes qui vont fortement limiter les rendements. Aucun pays de l’UE n’est vraiment épargné mais la France est particulièrement pénalisée avec des perspectives de rendement qui s’effondrent au fur et à mesure qu’on s’approche de la récolte.

Hors UE, les États-Unis, premier producteur mondial de maïs, devraient récolter 30 Mt de moins en 2022, soit 354 Mt, sous l’effet combiné d’une baisse de rendement et de surface. L’Ukraine, autre acteur majeur en termes d’exportations de maïs, voit ses perspectives de production en 2022 réduites de plus d’un quart en raison du conflit avec la Russie.

Les bonnes récoltes attendues au Brésil et en Argentine ne permettront pas de compenser ces baisses.

Une baisse des stocks attendue

Au final, le bilan de la campagne en cours devrait être déficitaire avec un recul des stocks mondiaux de près de 3 %.

En revanche, le ralentissement attendu de l’économie mondiale et le niveau élevé de l’inflation qui rogne le pouvoir d’achat des ménages pourraient réduire la consommation de viande et de produits laitiers, et par conséquent la demande en maïs pour l’alimentation animale.

De plus, la pression sur le maïs pourrait se réduire si les exportations russes de blé sont au rendez-vous sur cette campagne, dans un contexte de récolte exceptionnelle attendue pour ce pays. Mais pour l’instant la détente n’est pas à l’ordre du jour sur ce marché…

Hausse vertigineuse des cours du maïs

Les tensions sur le maïs se traduisent dans les cours : + 70 % sur l’échéance MATIF de novembre. Les opérateurs sont très fébriles et réagissent face à des perspectives de production mondiale régulièrement revues à la baisse.

Blé : une récolte mondiale record mais une demande soutenue

La Russie fait une récolte exceptionnelle

L’USDA revoit ses perspectives de production mondiale de blé à la hausse : 784 Mt, soit un nouveau record avec une progression de 4 Mt.

Le déficit de production attendu en Ukraine devrait s’élever à 13 Mt, soit une baisse de près de 40 %. C’est considérable mais il devrait cependant être compensé par la récolte exceptionnelle attendue en Russie : 91 Mt selon l’USDA, soit 16 Mt de plus qu’en 2021.

Autre pays aux perspectives de production encourageantes : le Canada qui, après avoir connu une récolte catastrophique en 2021, devrait bénéficier d’une production de blé en 2022 proche de ses niveaux records, à 35 Mt (+ 13 Mt).

En revanche, sans qu’elle soit catastrophique, la production de blé dans l’UE devrait reculer de 6 Mt à 132 Mt.

Une forte demande soutenue par plusieurs facteurs

Le déséquilibre entre l’offre et la demande est plus souvent lié à des problématiques d’offre limitée. C’est moins vrai sur cette campagne.

En effet, si la production mondiale de blé atteint un niveau correct cette année en comparaison des dernières campagnes, la demande particulièrement soutenue devrait faire reculer les stocks de fin de campagne de près de 7 Mt.

L’explication est double : face à la baisse des disponibilités en maïs sur la campagne, les fabricants d’aliments du bétail se tournent davantage vers le blé.

De plus, dans un contexte de grande instabilité géopolitique, sanitaire et logistique, de nombreux pays fortement dépendants des importations de blé pour nourrir leur population, sont à l’achat. Ils cherchent à constituer des stocks stratégiques et à éviter ainsi une crise alimentaire dans leur pays. Le conflit en Ukraine accentue cette préoccupation des États, alors que ce pays représente avec la Russie près d’un tiers des exportations mondiales de blé.

France : très forte dynamique des exportations en début de campagne

Malgré l’ouverture d’un corridor maritime qui a permis à l’Ukraine de reprendre ses exportations de céréales cet été, on estime qu’elle devrait pouvoir exporter 12 Mt de blé contre 18 Mt en temps normal. Ce déficit de 6 Mt profite aux exportations de l’UE et en particulier à la France en ce début de campagne. Un effet accentué par la baisse de l’euro qui améliore la compétitivité des origines UE.

De plus, malgré des disponibilités importantes suite à une récolte record, la Russie est peu présente pour le moment sur le marché mondial.

Mais la clé de l’équilibre des marchés mondiaux du blé dépendra beaucoup de la capacité de la Russie et de l’Ukraine à être présentes à l’export sur cette campagne. Les autres acteurs à l’export ne pourront en effet pas totalement compenser les volumes non exportés de ces deux pays.

Orge : stabilité de la production mondiale

La production mondiale d’orge devrait être stable à 145 Mt selon le CIC (Conseil International des Céréales). Elle ne couvrira pas tout à fait la consommation estimée à 147 Mt et les stocks en fin de campagne seront en recul de 2 Mt, à 22 Mt. C’est le plus bas niveau de stock attendu des dix dernières années. En France, la production d’orge devrait également être stable à 11,4 Mt avec des surfaces en hausse qui vont compenser la baisse de rendement.

Les orges françaises perdent en compétitivité sur le marché mondial face aux orges australiennes et russes, ce qui limite actuellement les exportations.

Colza : le grand retour du Canada sur le marché mondial

La production mondiale de colza s’approcherait des 83 Mt sur la campagne 2022/2023, soit une hausse de 12 Mt sur un an. Les prévisions de production de l’UE s’affichent à près de 19 Mt, soit + 9 % par rapport à la moyenne quinquennale. La France serait en tête de la production européenne avec 4,4 Mt, soit une hausse de près de 36 % par rapport à 2021 selon Agreste. Les deux tiers de cette hausse sont liées à la progression des surfaces et le tiers restant à de meilleurs rendements. L’effet prix a été un élément favorable à la hausse des surfaces, après plusieurs années de déprise.

Mais la hausse de la production est aussi en grande partie due à la bonne récolte de canola au Canada (19,5 Mt), qui fait suite à une année 2021 catastrophique. Les perspectives d’exportation représentent le double de l’an passé pour cette origine.

Soja : une production mondiale record

Un nouveau record de production attendu

Après une campagne 2021/2022 marquée par un recul de 4 % de la production mondiale de soja, en raison d’une sécheresse et de fortes chaleurs en Amérique du Sud, la production devrait repartir à la hausse sur la campagne 2022/2023. L’USDA anticipe même un nouveau record à près de 390 Mt, soit une hausse de plus de 10 % par rapport à l’an passé et à la moyenne quinquennale.

Le Brésil et l’Argentine devraient participer fortement à cette hausse, tandis que la production aux États-Unis marque le pas. Le soja bénéficie d’une forte attractivité aux yeux des producteurs, dans le contexte actuel de coûts de production élevés. La surface devrait ainsi progresser d’environ 5 % cette année, malgré une situation peu favorable à l’élevage (grippe aviaire, chute du pouvoir d’achat…).

La demande chinoise reste très soutenue

La consommation mondiale de soja devrait bondir de 15 Mt à 378 Mt cette année, stimulée par la demande chinoise qui en absorbe près d’un tiers et qui va progresser de 9 Mt. La reconstitution des élevages porcins suite à la peste porcine et l’amélioration des marges dans ces élevages explique cet appétit chinois.

Malgré cette demande soutenue, les stocks de fin de campagne devraient s’afficher en hausse de près de 10 % à 99 Mt.

La pression recule sur le marché du tourteau de soja

Affecté l’an passé par la chute de la production mondiale de soja et le déclenchement du conflit ukrainien qui a stoppé les exportations de tourteau de tournesol en provenance de ce pays, le marché du tourteau de soja semble se détendre. Les perspectives de récolte abondante en Amérique du sud sont une des raisons de cette détente. De plus, cela s’explique également par la baisse des besoins en alimentation animale liée au contexte inflationniste qui affecte le pouvoir d’achat des consommateurs au niveau mondial.

À l’inverse, la compétitivité du tourteau de soja face à l’envolée des prix des céréales pourrait toutefois limiter la baisse des cours de cet aliment, très apprécié actuellement.

De nombreux facteurs d’incertitude sur l’équilibre des marchés mondiaux

Engrais : flambée des prix et tension sur les approvisionnements

La problématique sur la flambée des prix des engrais et les craintes en termes d’approvisionnement à partir du printemps prochain pourraient constituer des éléments perturbateurs sur le bon déroulement de cette campagne.

En effet, la majorité des engrais azotés est produite en Europe. Or, avec la flambée des prix du gaz, une grande partie des capacités de production d’engrais européens est à l’arrêt. Les fabricants ne veulent pas produire à perte et manquent de visibilité sur l’évolution de cette situation et les possibilités d’approvisionne-ment en gaz sur les prochains mois. Les opérateurs font donc appel massivement à l’importation. Une part importante de nos engrais étant historiquement importée de Russie, il leur a fallu trouver d’autres sources d’approvisionnement, notamment en Amérique du Nord, au Moyen Orient et en Afrique du Nord. Des importations qui sont elles-mêmes pénalisées par la chute de l’euro face au dollar…

Si les distributeurs déclarent être couverts pour la première partie de campagne, ils sont dans l’incertitude pour la suite…

Cette situation pourrait amener les agriculteurs à orienter leur choix d’assolement vers des cultures moins gourmandes en intrants. Ainsi, la production de maïs pourrait reculer. De plus, les rendements pourraient se voir affecter par de moindres apports en engrais.

Enfin, la flambée des prix des engrais mais aussi d’autres postes de charges comme l’énergie, pourrait provoquer un effet ciseaux sur les marges si les cours venaient à baisser.

Craintes d’un ralentissement de l’économie mondiale

Les prévisions à la baisse de la croissance mondiale et l’impact de la hausse des taux d’intérêt aux États-Unis et en Europe sont autant d’éléments qui pourraient impacter la demande à moyen terme.

La Chine, acteur de premier plan pour les échanges mondiaux de céréales et de soja, connaît un ralentissement important de sa croissance. Ainsi, les marchés de l’immobilier et de l’emploi traversent une crise sans précédent. Sans compter que la politique zéro Covid dans ce pays accentue le problème.

La guerre en Ukraine, qui provoque une crise énergétique mondiale, aura aussi des effets sur l’économie, mettant à mal les marges et l’activité de certaines industries et aggravant les problématiques de pouvoir d’achat des consommateurs.

L’incertitude est donc grande pour l’année qui vient, et l’amplitude et la durée de ce ralentissement de l’économie mondiale aura plus ou moins d’effet sur les échanges mondiaux.

Corridor ukrainien : une situation précaire

Si on sait d’ores et déjà que l’Ukraine aura bien des difficultés à tenir son rôle de grenier à céréales pour de nombreux pays en raison d’une production attendue en net recul, sa capacité d’export sur la campagne reste tributaire de l’évolution du conflit. L’accord actuel signé en juillet prend fin en novembre et de nouvelles négociations sont en cours. L’issue sera déterminante.

Face à tant d’incertitudes, garder la tête froide…

Plus que jamais, il paraît nécessaire de faire les bons choix au bon moment sur cette campagne, ce qui n’est pas simple. La crainte d’un effet ciseaux sur la campagne en cours doit inciter les agriculteurs à prendre des positions à la vente, en même temps qu’ils se positionnent sur les achats d’engrais.

 À suivre…

  • Évolution du conflit ukrainien et rythme des exportations ukrainiennes
  • Issue des négociations sur le corridor ukrainien
  • Dynamique d’exportation en blé de la Russie
  • Évolution de la croissance mondiale
  • Évolution de la demande chinoise en céréales et en soja
  • Parité euro/dollar

Sources de notre veille économique du mois de septembre 2022 sur les marchés des céréales et oléagineux

Retrouvez toutes les actualités sur les grandes cultures, sur notre site internet.

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